Ebola en RDC : 91 morts, propagation inquiétante et aucun vaccin
Ebola en RDC : 91 morts, propagation et absence de vaccin

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a ouvert ce lundi 18 mai sa 79e Assemblée annuelle à Genève, après avoir déclenché ce week-end l'urgence internationale face à l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo. L'événement doit se dérouler jusqu'à samedi en présence d'une centaine de ministres.

Un bilan provisoire de 91 décès

À ce stade, 91 décès signalés ont vraisemblablement été causés par Ebola, selon les chiffres donnés dimanche par le ministre de la Santé congolais, Samuel-Roger Kamba. Environ 350 cas suspects ont été signalés. La plupart des personnes concernées ont entre 20 et 39 ans et plus de 60 % sont des femmes. Peu d'échantillons ont pu être testés en laboratoire à ce jour et les bilans s'appuient principalement sur des cas de suspicion.

Une propagation qui s'étend hors de la RDC

L'épicentre de l'épidémie se situe en Ituri, province du nord-est congolais frontalière de l'Ouganda et du Soudan du Sud. Dans cette région aurifère, traversée par d'intenses mouvements de population en raison de l'activité minière, l'accès à certains endroits est rendu difficile par la présence de plusieurs groupes armés violents.

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Alors qu'un cas a été recensé à Goma, grande ville de l'est congolais contrôlée par le groupe armé antigouvernemental M23, le virus s'est déjà propagé au-delà des frontières de l'Ituri et de la RDC. L'Africa CDC, agence sanitaire de l'Union africaine, juge d'ailleurs « élevé » le risque de propagation aux pays d'Afrique de l'est frontalier de la RDC. Un cas et un décès ont été enregistrés en Ouganda. Il s'agit de deux Congolais qui avaient voyagé depuis la RDC, et aucun foyer d'épidémie local n'a été signalé.

Une vigilance qui gagne aussi d'autres territoires internationaux. Ce week-end, la députée de la 1ère circonscription de Mayotte, Estelle Youssouffa, s'inquiétait de ce que, en raison de la fragilité sanitaire et de l'immigration clandestine depuis les Comores, le territoire ultramarin se retrouve exposé.

Aucun vaccin n'existe face à une propagation rapide

Ebola provoque une fièvre hémorragique extrêmement contagieuse. Le redoutable virus a fait plus de 15 000 morts en Afrique au cours des 50 dernières années. La souche du virus responsable de l'épidémie actuelle est appelée Bundibugyo et il n'existe ni vaccin, ni traitement spécifique pour ce variant. Les mesures pour tenter d'endiguer sa propagation reposent donc essentiellement sur le respect des mesures barrières et la détection rapide des cas pour limiter les contacts.

Bundibugyo n'a provoqué que deux épidémies dans le monde avant celle en cours, en Ouganda en 2007 et en RDC en 2012. Le taux de mortalité était de 30 % à 50 %. Le vaste pays d'Afrique centrale, qui compte plus de 100 millions d'habitants, en est à sa 17e épidémie. Malgré son expérience dans la gestion d'Ebola, les particularités de l'épidémie en cours suscitent l'inquiétude des experts. « C'est une épidémie qui va se répandre très rapidement d'autant plus qu'elle survient sur une province très peuplée », a déclaré à l'AFP le virologue Jean-Jacques Muyembe, co-découvreur d'Ebola en 1976 et patron de l'institut de recherche congolais qui a confirmé la récente résurgence du virus.

Si les cas suspects recensés étaient tous confirmés, cette épidémie se classerait au 7e rang des plus importantes jamais connues toutes souches confondues, et au 2e rang des plus grandes épidémies d'Ebola non Zaïre, selon des spécialistes.

L'origine de l'épidémie reste à déterminer

Des enquêtes épidémiologiques sont en cours pour déterminer l'origine de l'épidémie. Le premier cas identifié à ce stade est un infirmier qui s'était présenté le 24 avril dans un centre de soins de Bunia, capitale de l'Ituri. Mais le foyer de l'épidémie se situe à environ 90 km de là, dans la zone de santé de Mongbwalu, laissant penser que l'épidémie serait partie de cette localité et que les cas auraient ensuite migré.

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L'OMS a été alertée de l'apparition d'une maladie à forte mortalité le 5 mai, après le décès de notamment quatre soignants en l'espace de quatre jours dans la région de Mongbwalu. Les personnes infectées par la souche Bundibugyo présentent au départ des symptômes assimilables à une grippe ou un paludisme, ce qui peut retarder la détection.

Selon le ministre de la Santé congolais, l'épidémie en cours a par ailleurs tardé à être signalée car les communautés touchées ont d'abord cru à une « maladie mystique » ou à de la « sorcellerie », ce qui a poussé les malades à se rendre « dans des centres de prière » au lieu de consulter des professionnels de santé.

L'OMS fragilisée dans un contexte international tendu

Évoquant les résurgences d'Ebola et de hantavirus, le chef de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a mis en garde contre ces deux épisodes sanitaires qui éclatent dans « un monde en proie à des troubles » : « des conflits aux crises économiques, en passant par le changement climatique et la réduction de l'aide internationale, nous vivons une époque difficile, dangereuse et source de divisions ».

Le directeur de l'institution a souligné que l'OMS elle-même traverse une « période difficile ». Et de fait, l'Assemblée mondiale de la santé survient après une année marquée par des coupes budgétaires sévères mais aussi par la décision de Donald Trump de retirer les États-Unis de l'organisation. « Le budget de l'OMS a été réduit de l'ordre de 21 %, soit de près d'un milliard de dollars. Des centaines d'emplois ont été supprimés, des programmes ont été réduits. L'OMS a dû, a su se réformer en profondeur dans l'urgence », a constaté la ministre suisse de la Santé, Elisabeth Baume-Schneider.