Face au désengagement américain, les armées européennes gagnent en puissance dispersée
Désengagement américain : armées européennes en puissance dispersée

Le désengagement progressif des États-Unis de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) pousse les pays européens à renforcer leurs capacités militaires, mais cette montée en puissance s'effectue de manière dispersée, sans stratégie coordonnée à l'échelle du continent. Selon un rapport du Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) publié le 6 juillet 2026, les dépenses de défense des pays européens membres de l'OTAN ont augmenté de 18 % en moyenne en 2025, atteignant un total de 380 milliards d'euros.

Une augmentation des budgets mais des disparités persistantes

Le rapport souligne que plusieurs États ont dépassé l'objectif de 2 % du PIB alloué à la défense, fixé par l'OTAN. La Pologne mène la course avec 4,2 % de son PIB, suivie par l'Estonie (3,8 %), la Grèce (3,5 %) et la Lettonie (3,2 %). En revanche, des pays comme l'Italie (1,6 %), l'Espagne (1,4 %) et la Belgique (1,3 %) restent en dessous de la barre des 2 %. La France, elle, atteint 2,1 % de son PIB, selon les données officielles.

« Ces chiffres montrent une volonté politique accrue, mais ils cachent une réalité fragmentée : chaque pays investit selon ses priorités nationales, sans alignement sur une stratégie commune », explique Sean Monaghan, chercheur au CSIS et co-auteur du rapport. Il ajoute que « cette dispersion réduit l'efficacité globale de la défense européenne face à une menace russe qui, elle, est centralisée ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des acquisitions d'équipements disparates

Les pays européens ont multiplié les commandes d'armements, mais souvent sans coordination. L'Allemagne a commandé 35 chasseurs F-35 américains, tandis que la France a lancé la production du char Leclerc XLR et que l'Italie a investi dans des drones armés. Ces choix reflètent des doctrines militaires différentes : certains privilégient la dissuasion nucléaire, d'autres la défense territoriale ou les opérations expéditionnaires.

« On assiste à une course aux armements nationale plutôt qu'à une montée en puissance collective », note le rapport. Par exemple, les treize pays membres de l'OTAN qui ont acheté des systèmes de défense antiaérienne Patriot l'ont fait via des contrats séparés, sans mutualisation des coûts ni interopérabilité optimisée.

Un leadership européen en question

La question du leadership se pose avec acuité. La France et l'Allemagne, traditionnellement moteurs de la défense européenne, peinent à s'accorder. Paris insiste sur une autonomie stratégique, tandis que Berlin reste attaché au cadre transatlantique. « L'absence d'un commandement européen unifié est le talon d'Achille de cette montée en puissance », estime Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l'OTAN pour les investissements de défense.

Le rapport du CSIS recommande la création d'un état-major européen permanent, capable de planifier et de conduire des opérations, ainsi qu'une mutualisation des achats d'armements. « Sans cela, l'Europe risque d'avoir des armées plus nombreuses mais incapables de combattre ensemble », avertit Monaghan.

Des conséquences pour l'OTAN et la relation transatlantique

Le désengagement américain, amorcé sous la présidence de Donald Trump et confirmé par son successeur, a accéléré ce mouvement. Les États-Unis ont réduit leur présence de 20 000 soldats en Europe depuis 2024, passant de 100 000 à 80 000 militaires. Cette décision a été perçue comme un signal d'alarme par les Européens.

« Le retrait américain est un catalyseur, mais il expose aussi nos divisions », déclare un diplomate européen sous couvert d'anonymat. « Nous devons choisir entre une défense européenne intégrée ou un retour à des équilibres de puissance du XIXe siècle. »

Le rapport conclut que la fenêtre d'opportunité pour une coordination est étroite. « Si les Européens ne parviennent pas à s'unir dans les deux prochaines années, ils risquent de perdre toute crédibilité militaire face à la Russie et de voir leur influence diminuer au sein de l'OTAN », prévient le CSIS.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale