Cinq drones survolent la base nucléaire de l'Île Longue : "Nous sommes en préguerre"
Cinq drones survolent la base nucléaire de l'Île Longue

Cinq drones non identifiés ont survolé la base sous-marine de l'Île Longue, dans le Finistère, jeudi soir, avant d'être neutralisés par le bataillon de fusiliers marins qui assure la protection de ce site ultrasensible. Cette base abrite le cœur de la dissuasion nucléaire française : les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE).

Une intrusion surprenante dans un sanctuaire militaire

L'ancien général de division Vincent Desportes, spécialiste des affaires stratégiques, souligne le caractère exceptionnel de cet événement : "C'est la base la plus stratégique en France avec les quatre SNLE. C'est le cœur de notre dissuasion nucléaire : ils délivreraient la deuxième frappe, ce sont eux qui dissuaderaient un pays agresseur d'attaquer la France." Il ajoute : "Cette base est sur un bout d'île et elle est extrêmement bien protégée par les voies terrestres, c'est quand même surprenant que cinq drones aient pu la survoler. C'est certain que des renforts ont été mis en place."

La préfecture maritime de l'Atlantique a réagi rapidement, vendredi, par l'intermédiaire de son porte-parole. Elle a précisé que ces cinq drones étaient "non armés" et se trouvaient "hors contexte militaire", ajoutant que "les infrastructures sensibles de la base n'ont pas été menacées" et que le dispositif de sécurité a "parfaitement fonctionné".

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Une volonté d'inquiéter la population

Malgré ces assurances, la préfecture estime qu'il existe une volonté manifeste "d'inquiéter" la population. Vincent Desportes partage cette analyse : "Cette intrusion prouve d'une part qu'il y a une véritable volonté d'une puissance adverse de démontrer que notre crédibilité n'existe pas et ensuite d'inquiéter les gens. Mais cela montre qu'en termes de lutte contre les drones, la France a des efforts à faire."

Les fusiliers marins sont au nombre de 120 pour protéger l'Île Longue, un chiffre "largement suffisant" pour le spécialiste concernant l'accès par la terre. Cependant, cette base "n'est pas protégée par rapport à des frappes de missiles ou venant de la troisième dimension". Il tient à rassurer : "Ces quatre sous-marins ne sont jamais là en même temps : au moins un – ou deux – est dehors, sous la mer, dans une fosse atlantique, prêt à tirer, notre capacité de dissuasion ne peut pas être réduite à zéro."

L'ombre de la Russie et la menace des drones

Face à ce signe manifeste d'agressivité, l'ombre de la Russie est naturellement évoquée. Vincent Desportes évoque la possibilité d'agents infiltrés, mais il privilégie une autre hypothèse : "Ce qui s'est passé à Paris avec les étoiles de David peintes sur les murs ou les têtes de cochon, c'était des gens payés pour faire ça par les Russes. C'est le plus probable."

L'ancien général estime que des efforts sont nécessaires partout en France face à la menace des drones, qui n'existait pas il y a deux ans. Il rappelle que le parquet militaire de Rennes est saisi de l'enquête.

Une phase de préguerre

Enfin, cette alerte, si elle provient bien de la Russie, apparaît aux yeux de Vincent Desportes comme un signe inquiétant. "Nous sommes dans une phase de préguerre, la phase '0' de la guerre, ce qui ne veut pas dire qu'elle arrivera. Elle consiste à affaiblir l'adversaire, politiquement, sociologiquement, et s'ensuit ou non la phase '1' avec l'agression militaire."

Il conclut : "Il est clair que la France est une cible prioritaire de la Russie, particulièrement à cause de ces quatre sous-marins car nous sommes la seule puissance nucléaire de l'Union européenne. Si le pays est affaibli, si on a besoin d'attaquer un jour, si le Président n'est plus légitime dans son pays, il ne peut pas utiliser le nucléaire."

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