Ceuta : la crise migratoire fragilise Pedro Sanchez
Ceuta : la crise fragilise Pedro Sanchez

L'afflux massif de 72 000 migrants marocains dans l'enclave de Ceuta, fin juillet, a fait au moins 91 victimes et constitue le premier véritable revers politique pour Pedro Sanchez, jusqu'alors perçu comme imperméable aux crises par une partie de l'Europe. Cet épisode dramatique pourrait marquer le début de la fin pour le « chevalier blanc » de la gauche européenne, selon plusieurs observateurs.

Une version des faits contestée

Convoqué le 3 septembre en session extraordinaire devant le Parlement, le président du gouvernement espagnol a de nouveau exonéré Rabat de toute responsabilité dans l'organisation de cet afflux massif. Il a plutôt accusé la Russie, Israël et une « internationale d'ultradroite » d'avoir alimenté la crise par la désinformation. « Je peux vous assurer qu'aucune institution, ni le service diplomatique, ni la Commission européenne, ni aucun organisme international n'a fourni au gouvernement espagnol la moindre preuve solide que le Maroc ait planifié ou exécuté cet incident », a-t-il insisté.

Ce récit contredit un récent rapport du renseignement policier espagnol qui dénonce la permissivité des forces marocaines à la frontière. La version de Sanchez n'a convaincu ni le Parti populaire (PP, droite) d'Alberto Núñez Feijóo, qui réclame sa démission, ni Vox (extrême droite) de Santiago Abascal, qui a surfé sur le thème de « l'invasion » migratoire.

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Une division au sein du PSOE

Plus embarrassant pour le chef du gouvernement, sa version divise son propre camp. Selon un sondage de l'institut Sigma Dos pour El Mundo, 61,9 % des électeurs du PSOE estiment que le Maroc a instrumentalisé cette crise pour faire pression sur Madrid. Signe que la crise s'envenime, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue le 2 septembre, dont près de 50 000 à Madrid.

Sous pression, Sanchez a promis de rendre publics les rapports et alertes transmis par les services de sécurité et de renseignement qui ont précédé la crise de Ceuta. Trop tard pour la droite, qui agite sans preuve l'idée que Pedro Sanchez ménage Rabat par crainte que le Maroc ne dévoile des informations compromettantes sur lui, obtenues en 2021 par l'intermédiaire d'un logiciel espion installé sur son téléphone.

Un silence embarrassant et des enjeux stratégiques

Autre point gênant : le Premier ministre n'a reconnu que deux semaines plus tard avoir convoqué, le 21 août, l'ambassadrice du Maroc, après les propos polémiques de deux ministres marocains réaffirmant publiquement les revendications de Rabat sur Ceuta et Melilla. Les deux enclaves sont espagnoles « à perpétuité » et « le resteront jusqu'à la fin des temps », a toutefois fini par réaffirmer Pedro Sanchez devant le Parlement.

S'il a raison de ne pas braquer Rabat pour des raisons stratégiques, comme la gestion des migrants ou les relations commerciales, encore faut-il que le Maroc coopère pleinement, notamment pour permettre le retour des quelque 5 000 Marocains encore présents dans l'enclave.

Une échéance électorale périlleuse

À quelques mois des législatives de 2027, le ver est dans le fruit. Pour les socialistes, que les derniers sondages donnent battus par la droite, la spirale négative semble enclenchée. Pedro Sanchez, en quête d'un troisième mandat, s'avance vers un scrutin qui s'annonce particulièrement périlleux.

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