Municipales 2026 : l'érosion côtière, un défi ignoré au Grau-du-Roi
Dans le cadre de sa série sur les élections municipales de 2026, Midi Libre se rend au Grau-du-Roi, une station balnéaire du Gard durement touchée par le recul du trait de côte. Comme de nombreuses communes littorales de la région, elle subit une érosion marquée de ses plages, avec 270 logements menacés de submersion à l'horizon 2040. Pourtant, ce sujet crucial occupe une place marginale dans la campagne électorale, entre déni et méconnaissance des risques.
Un littoral en péril : des plages qui disparaissent
Aux Baronnets, la bande de sable est réduite à sa plus simple expression, les dunes étant attaquées par les vagues. Une étude du Symadrem en 2018 révèle un taux d'érosion de 58,4 % au Grau-du-Roi, deux fois plus élevé que la moyenne héraultaise. Entre 2009 et 2018, la plage des Baronnets a reculé de 1 à 2,5 mètres par an. Thibaud Roc, propriétaire du Grand café de Paris et ingénieur en environnement, constate les dégâts : "Ces épis se sont affaissés avec le temps, il faudrait les refaire". Il pointe aussi la zone Natura 2000 jonchée de déchets et les arbres brûlés par le sel.
Plus à l'ouest, à l'Espiguette, une énorme brèche dans le cordon dunaire permet aux vagues d'envahir les terres boisées. Au Boucanet, les récentes tempêtes ont affaissé la dune, exposant l'ancienne route du littoral et léchant les premiers bungalows d'un camping. Bernard Aubert, président des riverains du Ponant, s'inquiète : "La mairie nous avait demandé de reculer le camping en 2022, mais c'était impossible car les terres derrière sont classées".
Infrastructures fragilisées et impacts économiques
Le pont de la passe des abîmes, reliant Le Grau-du-Roi à La Grande-Motte, est également menacé. L'accumulation de sable dévie les courants vers les piles du pont, dont la structure en béton commence à s'effondrer. Bernard Aubert alerte : "On craint une fragilisation de la structure et un risque d'inondation". Malgré ces risques, le prix de l'immobilier continue de grimper, passant de 7 000 à plus de 9 000 euros le mètre carré depuis 2021. Un agent immobilier confie : "Des constructions récentes proches de l'eau ont vite trouvé preneur, en connaissance de cause".
Une campagne électorale silencieuse sur le sujet
Robert Crauste, maire sortant et candidat à un troisième mandat, relativise la menace. "La vie ne s'arrête pas parce qu'on nous assure que la mer monte", déclare-t-il, évoquant les 270 logements menacés. Il met en avant des actions comme l'entretien des dunes, la plantation de ganivelles et un plan de gestion de l'eau contre la salinisation des vignes. Aucun de ses adversaires n'aborde ce thème instable. Thibaud Roc résume : "Quand le risque est peu visible, les gens sont entre déni et méconnaissance. La campagne sera plus troublée par la prolifération de moustiques que par la menace sur le trait de côte".
Défis administratifs et appels à l'action
La gestion du littoral implique plusieurs acteurs : le département de l'Hérault, la communauté de communes, le Conservatoire du littoral et le Domaine public maritime, créant un "imbroglio administratif" selon des riverains. Robert Crauste, également président délégué de l'Association nationale des élus des littoraux, milite pour un fonds spécifique de l'État. "Sans ces aides, on ne pourra pas mener de front les dépenses courantes et les travaux de renforcement du littoral", affirme-t-il. Malgré les projets comme un écoquartier de 400 logements prévu pour 2027, des associations critiquent l'aggravation de l'imperméabilisation des sols et le manque de résultats concrets.
Alors que la mer pourrait monter de plus de 50 cm d'ici 2100, le Grau-du-Roi illustre le défi des communes côtières face au changement climatique, un enjeu qui peine à s'imposer dans le débat politique local.



