Anthéor 1944 : l'historien Alain Dubreuil raconte aux collégiens les blessures de guerre du quartier
Anthéor 1944 : l'historien raconte les blessures de guerre aux collégiens

Anthéor 1944 : l'historien Alain Dubreuil raconte aux collégiens les blessures de guerre du quartier

Récemment, l'historien local Alain Dubreuil a effectué une intervention marquante au collège de l'Estérel à Saint-Raphaël. Il est venu partager avec les élèves l'histoire souvent méconnue du quartier d'Anthéor durant la Seconde Guerre mondiale, évoquant à la fois les profondes blessures infligées à ce secteur et l'extraordinaire courage de ses jeunes libérateurs.

Un rendez-vous avec l'histoire locale

Lundi matin, les élèves du collège de l'Estérel ont eu un rendez-vous exceptionnel avec l'histoire. Si la plupart des jeunes Raphaëlois connaissent le rôle de la plage du Dramont dans le Débarquement de Provence du 15 août 1944, très peu sont informés des événements dramatiques qui se sont déroulés dans le quartier excentré d'Anthéor, il y a maintenant quatre-vingt-deux ans.

Alain Dubreuil, auteur de plusieurs ouvrages et fondateur de l'association « Anthéor, hier et aujourd'hui » qui compte plus de cent trente membres, a consacré sa conférence à narrer ces heures sombres. Sa famille étant implantée à Anthéor depuis 1923, il apporte une perspective à la fois personnelle et rigoureusement documentée.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le viaduc d'Anthéor : une cible stratégique

« Situé à quinze kilomètres du centre-ville, Anthéor, c'est avant tout son viaduc », a expliqué l'historien, ancien chef d'entreprise qui a collaboré avec la municipalité pour concevoir le « chemin de mémoire ».

Cet ouvrage majestueux, construit en 1862 sous l'impulsion de l'empereur Napoléon III pour désenclaver le Comté de Nice, mesure cent soixante-treize mètres de longueur et vingt-cinq mètres de hauteur, reposant sur neuf arches de dix mètres d'ouverture. Dès 1943, les forces alliées l'ont identifié comme une cible cruciale à neutraliser, car cette voie de communication était essentielle pour l'occupant allemand.

« En un an, de 1943 à 1944, le viaduc a été ciblé par trois bombardements anglais et neuf bombardements américains », a précisé Alain Dubreuil. Les photographies d'époque projetées à l'écran, montrant les stigmates infligés par les B-17 et B-24 Liberator de l'US Air Force, ont captivé l'attention des collégiens.

Les jeunes héros du Débarquement de Provence

La conférence s'est particulièrement attardée sur le profil des libérateurs. Ils n'avaient que trois ou quatre ans de plus que les collégiens présents lorsqu'ils ont débarqué le 15 août 1944 sur la petite plage d'Anthéor, large de seulement quatre-vingts mètres.

Alors que l'essentiel des troupes débarquait au Dramont, les huit cent soixante très jeunes hommes du premier bataillon du 141e régiment de la 36e division d'infanterie du Texas ont été déversés à Anthéor dans un déluge de feu. Plus de deux mille roquettes tirées depuis la mer et plus de mille deux cents bombes surpuissantes larguées par cent vingt-trois bombardiers avaient préparé le terrain, causant même l'effondrement partiel du viaduc.

« Anthéor est le seul site du Débarquement de Provence sur lequel l'armée américaine n'a pas dépêché de photographe », a révélé l'historien en présentant une peinture réalisée d'après les récits des protagonistes. Ces soldats, si loin de chez eux, se sont battus avec un courage immense pour une liberté qu'ils défendaient sans probablement connaître le Var, Saint-Raphaël ou Anthéor.

Le devoir de mémoire : une transmission essentielle

Alain Dubreuil a tenu à rappeler le sacrifice ultime de nombreux jeunes Américains. « Plusieurs d'entre eux ont perdu la vie », a-t-il souligné, incitant les élèves à visiter un jour le cimetière américain de Draguignan pour honorer leur mémoire.

Il a conclu son intervention sur une note solennelle, insistant sur l'importance fondamentale du devoir de mémoire : « S'ils ne s'étaient pas sacrifiés, nous n'en serions sans doute pas là où nous en sommes ». Cette plongée dans l'histoire traumatique d'Anthéor a offert aux collégiens de Saint-Raphaël une leçon d'histoire vivante, ancrée dans leur territoire, et une puissante réflexion sur les valeurs de courage et de liberté.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale