Depuis juillet 2024, la Biterroise Alienòr Escartin, connue sous le pseudonyme ali.en.oc, publie de courtes vidéos en occitan sur TikTok et Instagram. Elle cumule aujourd'hui plus de 20 000 abonnés, participant ainsi au regain d'intérêt pour cette langue régionale auprès des nouvelles générations.
Une langue maternelle devenue fierté
Alienòr Escartin, âgée de 27 ans, a grandi à Pailhès mais se définit comme une « Biterroise très chauvine ». « Ma maison ce sera toujours Béziers même si je suis expat' à la montagne », plaisante-t-elle. Chez les Escartin, l'occitan est une affaire de famille : son père, linguiste, ne lui a « jamais parlé de [sa] vie en français ». Après quelques années en calandreta, il a pris le relais de son apprentissage : « J'avais cours d'occitan le dimanche. Certains vont à la messe, moi c'était cours d'occitan ».
Alienòr ne prend conscience de sa différence qu'au collège. « J'étais la seule qui parlait bizarrement, enfin, différemment », se reprend-elle. Elle déplore une disparition progressive de l'occitan, une langue longtemps marquée par la vergonha, la « honte » ressentie par certains de ses locuteurs. Elle estime pourtant que l'occitan a « sauté une génération » avant de retrouver un nouvel élan auprès des jeunes, un élan auquel elle participe. « Ça me redonne espoir ».
Faire vivre la langue dans le service public
Pour contribuer à ce renouveau, Alienòr fait entrer l'occitan dans le quotidien numérique : « morning routine », vidéos ASMR (des vidéos chuchotées pour détendre, NDLR) ou calendrier de l'Avent. Une manière ludique, mais aussi politique, de mettre en avant la langue et la culture occitanes. « Je fais vivre la langue et je l'impose dans le service public », revendique-t-elle en souriant. Mais rendre tout cela public n'était pas une évidence : « L'occitan c'est ma langue intime, du privé, c'est en occitan que j'écris mes journaux intimes ». Un partage d'intimité qui, tout en transmettant la langue, a séduit de nombreux internautes.
Un avenir tourné vers l'enseignement
Après une prépa littéraire, des études de marketing et plusieurs années dans l'œnotourisme (on lui doit notamment la bodega des vignerons du Pays d'Oc autour des arènes), Alienòr prépare aujourd'hui l'agrégation de lettres modernes. Elle souhaite devenir professeure de français et, « là où je serai affectée, proposer des cours d'occitan ». Entre communication viticole, création de contenu sur les réseaux sociaux et engagement au sein du collectif de vidéastes occitans Dètz, elle garde « un carnet d'idées plein à craquer ». De quoi continuer à faire résonner sa langue maternelle à Béziers et ailleurs.



