Une politique de destruction animale remise en cause par la science
Le gouvernement français pourrait prendre, dès cet été, un nouvel arrêté autorisant la destruction de millions d'oiseaux et de mammifères, en contradiction flagrante avec les recommandations scientifiques les plus récentes. Cette décision potentielle intervient dans un contexte où de multiples travaux ont mis en lumière les limites majeures de la politique actuelle de régulation des espèces dites « susceptibles d'occasionner des dégâts » (ESOD).
Un appel au changement de paradigme
Les associations de protection de la nature, ainsi que des organismes officiels comme l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable (Igedd), réclament unanimement un « changement de paradigme » dans l'approche de ces espèces. Leurs critiques trouvent aujourd'hui un écho particulièrement fort dans une nouvelle étude scientifique, commandée et financée par le ministère de la transition écologique lui-même.
Publiée lundi 9 mars dans la prestigieuse revue Biological Conservation, cette recherche enfonce le clou en affirmant sans ambiguïté que la destruction systématique des ESOD est « inefficace, injustifiable économiquement et éthiquement questionnable ». Ces conclusions viennent jeter une lumière crue sur une pratique qui concerne chaque année environ 1,7 million d'animaux en France.
Le statut controversé des ESOD
Les renards, mustélidés et corvidés représentent la majorité des animaux ciblés par cette politique de destruction. Classés comme espèces susceptibles d'occasionner des dégâts, ils bénéficient d'un statut particulier qui autorise leur élimination par divers moyens :
- Tirs de régulation
- Piégeage intensif
- Déterrage pratiqué toute l'année
Ce régime dérogatoire permet leur destruction même en dehors des périodes légales de chasse, au nom de la réduction des dommages qu'ils pourraient occasionner et des risques sanitaires potentiels. Pourtant, l'étude ministérielle vient remettre en cause les fondements mêmes de cette approche.
Des chiffres qui interrogent
L'ampleur du phénomène est considérable : près de deux millions d'animaux sont ainsi éliminés annuellement sur le territoire français. Cette pratique massive soulève des questions fondamentales sur son efficacité réelle, sa justification économique et son acceptabilité éthique dans une société de plus en plus sensible aux questions de bien-être animal et de préservation de la biodiversité.
La publication de cette étude intervient à un moment crucial, alors que le gouvernement doit décider du renouvellement ou non de l'arrêté autorisant ces destructions. Les défenseurs de l'environnement espèrent que ces nouvelles données scientifiques influenceront la décision finale et permettront d'engager une réflexion plus profonde sur les relations entre l'homme et la faune sauvage en France.



