En 1806, la météorite d'Alais terrorise le Gard
Météorite d'Alais : le ciel gardois en émoi en 1806

Le 15 mars 1806, les habitants d'Alais (orthographié ainsi à l'époque) et des environs entendent deux énormes détonations, assimilées à des coups de canon en raison de la récente bataille d'Austerlitz. En réalité, il s'agit du mur du son franchi par deux blocs de météorites sombres, ressemblant à du charbon de bois, qui s'abattent sur les communes de Saint-Étienne-de-l'Olm et Castelnau-Valence, dans le Gard.

Une chute observée par les habitants

Selon Jean-Michel Faidit, docteur en histoire de l'astronomie et auteur d'un ouvrage sur les chutes de météorites en Occitanie, « C'était la France rurale de 1806. C'était vers 17 h 30 donc il y avait encore beaucoup de monde dans les champs, ils ont entendu des détonations dans le ciel un peu comme le bruit des avions à réaction ». Les témoins ont vu la météorite chuter non loin d'eux. À Castelnau-Valence, elle est tombée dans une parcelle d'un paysan et s'est brisée en trois morceaux. À Saint-Étienne-de-l'Olm, elle a atterri dans un champ de terre arable, sous le village, avec un endroit précis identifié.

La masse initiale de l'objet est estimée à 4 kilos pour Saint-Étienne-de-l'Olm et à 2 kilos pour Castelnau-Valence. Jean-Michel Faidit précise : « En général il y a plusieurs morceaux. Il se peut qu'il y ait toute une série de fragments mais s'ils sont tombés dans des bois ou dans des terrains où il n'y avait pas de témoins, on n'en sait rien ».

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Une météorite exceptionnelle et convoitée

Un dénommé Pénarier, présent à Saint-Étienne-de-l'Olm, a ramassé le plus gros fragment, pesant presque 600 grammes. Il a d'abord gardé le morceau, mais une enquête a été menée pour en faire don au muséum gardois. Le préfet lui a écrit pour que la météorite soit offerte, mais le ministre de l'Intérieur a demandé des échantillons. La météorite est arrivée à Paris le 26 juin 1806 pour des analyses.

La météorite d'Alais est une chondrite carbonée de type C1, extrêmement rare et très riche en carbone. Considérée comme l'une des météorites les plus primitives, elle provient des débuts de la création du système solaire. Seulement quatre météorites du même type ont été recensées dans le monde, Alais étant la première.

Aucun fragment conservé dans le Gard

Aujourd'hui, les Gardois souhaitant observer des morceaux de la météorite doivent quitter le département : aucun fragment n'est conservé dans le Gard. Jean-Michel Faidit regrette : « Le musée de Nîmes était la destination originale. Ce serait bien que quelques grammes reviennent à Nîmes ou à Alès ».

Le principal fragment de 39 grammes est conservé au muséum de Paris. Une étude réalisée pour le bicentenaire de la chute en 2006 a établi qu'il reste 122 grammes au total, répartis entre une quinzaine de muséums dans le monde. Par exemple, le Field Museum de Chicago détient 2,5 grammes, et la collection du Vatican en possède 3 grammes. Cela représente environ 20 % de l'échantillon initial.

Disparitions et marché noir

Deux facteurs expliquent la disparition d'une grande partie de la météorite. D'une part, les expériences scientifiques : « Une partie de la météorite a été disséquée à l'époque dans les expériences de laboratoire par les chimistes », précise Jean-Michel Faidit. Aujourd'hui, les études restent limitées en raison de la rareté des échantillons. D'autre part, l'intérêt des collectionneurs : une partie des fragments a probablement rejoint des collections privées. Le spécialiste explique : « Cela se vend à des milliers d'euros le gramme, il y a sûrement eu du marché noir. Cela s'est évaporé chez des collectionneurs. Certains morceaux de la météorite ne sont pas perdus pour tout le monde… »

La rareté de la météorite d'Alais rend ses fragments extrêmement précieux, transformant ces morceaux de carbone en véritables trésors.

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