La Vilaine à Rennes porte les stigmates des inondations et une guirlande de déchets
Vilaine à Rennes : stigmates des inondations et déchets

La Vilaine à Rennes révèle ses plaies après les crues

« Regardez de l’autre côté. On peut voir facilement à quelle hauteur l’eau est montée. » Assis sur les berges de la Vilaine, Michel désigne ce qu’il nomme « une guirlande de déchets » suspendue dans la végétation qui surplombe le cours d’eau. Aux abords du moulin d’Apigné, niché à quelques kilomètres du centre-ville de Rennes, le débit demeure important mais les crues semblent déjà appartenir au passé.

Un paysage marqué par les plastiques

Pourtant, la Vilaine porte ici les stigmates bien visibles des récentes inondations. Des branches arrachées restent accrochées sur les rives. Mais ce sont surtout les déchets qui frappent immédiatement le regard. Partout sur le rivage, des morceaux de plastique sont pris dans les ronces et les arbustes. « C’est vrai que ça fait dégueulasse. Des déchets, il y en a toujours de trop. Surtout que les accumulations de plastique, on va les retrouver pendant cent ans », déplore Michel.

Ce pêcheur amateur fréquente les lieux depuis son enfance et connaît le coin comme sa poche. Selon son observation, les déchets sont nettement moins nombreux depuis la loi de 2015 interdisant les sacs plastiques à usage unique dans les commerces. « C’était bien pire avant ! Dans les années 2000, on en voyait partout, tout le temps. C’était puissance dix par rapport à aujourd’hui », témoigne-t-il.

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Une collection hétéroclite de détritus

Mais la pollution ne se limite pas aux sacs. En parcourant les berges du fleuve qui traverse Rennes, on découvre une collection variée de détritus coincés dans les rochers. Canettes de bière, bâches déchirées, bouteilles de verre et de plastique, morceaux de polystyrène, vieille plaque de placo ou même reste de préservatif accroché dans un grillage. « On trouve vraiment de tout mais le plastique, c’est vraiment infernal. Ce sont souvent des emballages de fast-food ou des bouteilles. Mais on trouve aussi des trucs plus surprenants. Une fois, on a même récupéré un matelas », raconte Guillaume Lemaitre.

Ce Rennais est le secrétaire de la toute récente antenne locale de Team river clean. Après les inondations et les crues, les eaux de la Vilaine sont souillées par d’importantes quantités de déchets coincés dans la végétation ou les barrages.

Une opération de nettoyage nécessaire mais complexe

Dans le cadre de la Journée mondiale d’action pour les rivières, l’association organise ce samedi une opération de nettoyage des abords du canal Saint-Martin. Cette grande prairie située à deux pas du centre-ville de Rennes a servi de zone tampon pendant les crues de janvier et de février. En débordant sur les trottoirs, les champs et les fossés, l’eau a charrié d’importantes quantités de déchets.

« La montée des eaux a un effet de dispersion, elle emmène tout, elle étale. C’est compliqué à ramasser. Un déchet sur terre, c’est déjà un problème mais quand il est dans l’eau, c’est un encore plus gros problème. Parce que ça peut devenir toxique et que c’est plus difficile à aller chercher », explique le bénévole. Ce samedi, le niveau d’eau empêchera par exemple son association de naviguer sur le canal pour « pêcher » les déchets.

Les pollutions invisibles des inondations

L’autre problème majeur des inondations réside dans leur capacité à entraîner des pollutions moins visibles, comme les hydrocarbures, les eaux usées, les engrais agricoles ou les résidus de pesticides. « Les inondations, ça dilue. Plus il y a d’eau, moins on voit les pollutions », constate Michel. En cinquante ans de pêche, il a observé une baisse drastique des quantités de poissons dans les rivières du département.

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En Ille-et-Vilaine, seules 3 % des masses d’eau sont considérées comme « en bon état écologique ». Pourtant, les crues jouent un rôle prépondérant pour la survie des milieux aquatiques. « Alors oui, c’est violent parce que tout est emporté. Et c’est traumatisant pour ceux qui les subissent. Mais les crues sont essentielles, parce qu’elles redonnent vie aux cours d’eau. Si on n’avait plus de crues, le milieu deviendrait stérile », rappelle Jérémy Grandière.

L’importance des rivières vivantes

Le président de la Fédération de pêche d’Ille-et-Vilaine insiste sur la nécessité de préserver des rivières « vivantes » avec des variations du rythme de l’eau. « Après les crues, on a parfois des embâcles avec des arbres couchés ou des branches coincées. Visuellement, c’est vrai que ça peut paraître moche mais c’est essentiel pour nos cours d’eau », souligne le pêcheur. L’inconvénient de ces obstacles naturels est qu’ils capturent une quantité importante de déchets. « Dans la mesure du possible, il faut essayer de les ramasser », conseille Jérémy Grandière.

Cette situation à Rennes illustre le double défi auquel font face les cours d’eau : préserver leur dynamique naturelle tout en luttant contre les pollutions humaines qui s’y accumulent, particulièrement visibles après les épisodes de crue.