Érosion à Frontignan : colère et peur des habitants du lido
Érosion à Frontignan : colère et peur des habitants

Sur le lido de Frontignan, l'érosion côtière transforme progressivement le territoire et suscite un mélange d'inquiétude, de colère et de tristesse chez les habitants. Oscar Navarro Carrascal, professeur en psychologie sociale et environnementale à l'Université de Nîmes et président de l'association pour la recherche en psychologie environnementale, analyse ce ressenti dans un entretien accordé à Midi Libre. Selon lui, « tout le monde a compris que le risque est là et que ça va s'aggraver ».

Une perception des risques qui évolue

Interrogé sur la perception des risques par les populations, Oscar Navarro Carrascal indique que « tous les risques sont assez connus aujourd'hui, voire très bien selon ceux auxquels on est exposé dans sa région ». Les habitants recherchent activement des informations, mais leurs connaissances restent « filtrées par les représentations de chacun, ses attentes, croyances et appartenances sociales ».

Le risque le plus connu demeure l'inondation, car il s'agit de « l'événement le plus classique ». Paradoxalement, ce risque est considéré comme moins lié au changement climatique. Le risque incendie est désormais davantage perçu, car il « n'est plus lié au Sud comme on avait tendance à l'imaginer ». Concernant le littoral, la submersion marine est plus perçue que l'érosion côtière, mais cette dernière « commence à prendre une place importante, d'autant que ses effets vont s'aggraver ».

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Colère, peur et tristesse sur le lido

Sur le recul du trait de côte du lido de Frontignan, les personnes concernées manifestent « une vive inquiétude tandis que d'autres éprouvent de la colère, car ce risque est ressenti comme une injustice ». Certains adoptent un comportement d'évitement, estimant que le risque est exagéré et qu'ils l'ont toujours connu.

Le ressenti se décline sur trois registres principaux : la peur, avec la sensation d'une menace vitale ; la colère, avec la recherche de responsables et une sous-estimation du risque ; et la tristesse, avec une nostalgie de ce qui a existé et ne sera plus, « comme la fin du rêve de vivre près de la mer ».

L'impact de l'habitat permanent et de l'héritage familial

Le fait que la majeure partie des résidences soient occupées à l'année et transmises de génération en génération accentue les inquiétudes. Vivre toute l'année implique « un attachement affectif à ce lien bien plus fort », renforcé si le bien est familial, porteur d'histoire, de souvenirs et d'identité. Cet attachement complique la capacité à imaginer la transformation du lieu, augmentant le niveau d'angoisse. La colère et la tristesse sont donc plus marquées chez les résidents permanents que chez les propriétaires de résidences secondaires, qui « seront plus à même d'en partir, de prendre de la distance et de négocier avec l'État ».

Le Projet partenarial d'aménagement suscite des craintes

Le lido de Frontignan étant le premier à s'engager dans un Projet partenarial d'aménagement (PPA), les habitants ont l'impression qu'ils vont « payer les pots cassés de cette expérimentation ». Le terme « expérimentation » a une connotation de quelque chose qui n'a pas été complètement testé, ce qui laisse une marge d'erreur possible. Il peut aussi être associé à l'improvisation, créant un sentiment d'incertitude plus fort, alors qu'« il n'y a plus de temps à perdre et qu'il faut agir ».

Selon Oscar Navarro Carrascal, « le débat n'est plus sur la perception des risques, mais sur les solutions d'adaptation ». Pour atténuer les incertitudes, il préconise un dialogue permanent avec les populations concernées, via des réunions publiques, des ateliers et des séminaires, comme l'a fait l'agglomération sétoise. Il se montre en revanche moins convaincu de la participation des habitants au choix des solutions techniques, car celles-ci « ont déjà été identifiées ». Il suggère aussi de réfléchir à une autre communication sur les cartes de risques, en intégrant leurs effets psychosociaux.

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