La production de foin, alimentation principale des chevaux en hiver, est en chute « de 50 % dans la moitié des prairies », selon la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. Face à cette pénurie, les centres d’entraînement et centres équestres peinent à se réalimenter, et certains prédisent « une vraie catastrophe cet hiver ».
Une récolte historiquement mauvaise en Normandie
Estelle Chevalier, exploitante agricole au Mesnil-Eudes (Calvados), témoigne : « On a déjà commencé à donner du foin début juillet. D’habitude, c’est en novembre ». Dans son haras près de Lisieux, elle n’a produit que deux tiers de la récolte habituelle d’herbe séchée, complétée par 10 tonnes achetées dans l’Eure à 155 euros la tonne, contre 120 euros l’année dernière. Il lui manque encore 100 tonnes.
« C’est une année exceptionnelle. Mon père, installé depuis 1976, m’a dit : “J’ai jamais vu ça” », rapporte l’agricultrice, qui possède une centaine de bovins et accueille autant de chevaux l’hiver. La cause : un printemps trop sec et un été caniculaire, qui n’a pas permis à l’herbe de pousser pour une première coupe suffisante au début de l’été, et une deuxième coupe en septembre semble très compromise. Un phénomène « jamais vu » en Normandie, selon les acteurs locaux.
Des conséquences sur la qualité du fourrage et la santé des chevaux
Cette baisse de production signifie « moins de pâturages disponibles pendant l’été, une récolte de foin beaucoup plus faible, une qualité du fourrage un peu détériorée et l’apparition de plantes toxiques pour les chevaux en période de sécheresse », prévient Charlotte Fustec, directrice du Conseil des chevaux de Normandie, première région en nombre d’équidés, d’élevage et de naissances.
La pénurie touche tout le pays, contrairement aux années précédentes où une autre région pouvait fournir du fourrage manquant. Aujourd’hui, le problème est généralisé, et les éleveurs cherchent des solutions pour limiter les dégâts.
Des adaptations et des alternatives pour passer l’hiver
Estelle Chevalier a déjà pris des mesures : elle donne de la paille aux vaches, augmente la ration de granulés des chevaux, et réduit « le nombre d’animaux par hectare pour ne pas abîmer les prairies ». Si la situation ne s’améliore pas, elle compte prendre moins de chevaux en pension, malgré une demande soutenue, notamment d’Espagnols et d’Argentins qui cherchent à placer leurs chevaux de polo faute d’herbe.
En Normandie, la chambre d’agriculture a ouvert une bourse en ligne pour mettre en lien vendeurs et acheteurs. Certains puisent dans leur trésorerie ou font un prêt bancaire pour faire face à cette dépense imprévue. D’autres envisagent de se séparer de quelques chevaux, une solution difficile pour les centres équestres qui dépendent de leurs animaux pour leur activité.
Matthieu Duprez, directeur des Écuries de la Motte près de Lisieux, résume la détresse du secteur : « Je ne sais pas comment passer l’hiver. Il me faut 80 tonnes et je n’en ai que 40. On ne peut pas nourrir les chevaux un jour sur deux ! ». Il a réduit les rations de foin, donné davantage de floconnés (un mélange de céréales et de granulés), et pense à des alternatives comme les betteraves fourragères. Il espère « un automne suffisamment pluvieux et ensoleillé » pour que l’herbe pousse enfin, et souhaite « ne plus se laisser surprendre » en ayant « une demi-année de fourrage d’avance ».



