Le bourdonnement agaçant d'un moustique près de l'oreille pendant la nuit n'est pas le signe d'une préférence pour le conduit auditif. Ce que l'on perçoit est en réalité le bruit de ses battements d'ailes, et sa présence à cet endroit s'explique par des mécanismes de repérage bien précis, liés à notre respiration et à nos émissions corporelles.
Le CO₂, principal guide des moustiques
Chez les espèces qui piquent l'être humain, seules les femelles prennent un repas de sang, nécessaire à la production des œufs. Pour localiser leur hôte, elles s'appuient sur plusieurs signaux, et non sur une quelconque attirance pour nos oreilles. Le dioxyde de carbone (CO₂) expiré constitue un indice majeur : il active la recherche d'un hôte et aide le moustique à s'orienter.
Lorsque nous sommes couchés, la bouche, le nez et les oreilles se trouvent dans une même zone immobile et rapprochée. Un insecte qui explore le panache de notre respiration peut donc passer près du visage, rendant son vol très audible. Cela ne prouve toutefois pas une attirance particulière pour l'oreille, mais simplement une proximité géographique.
Une détection multisensorielle : odeurs, chaleur et infrarouge
À courte distance, le CO₂ ne travaille pas seul. Les moustiques combinent les odeurs cutanées, la chaleur et d'autres informations sensorielles. Une expérience en laboratoire, menée dans un tunnel où les chercheurs contrôlaient les courants d'air, a montré que des femelles d'Aedes aegypti remontaient aussi bien un panache de CO₂ qu'une odeur de pieds humains : plus de 70 % atteignaient la source en moins de trois minutes. La recherche d'un hôte est donc un guidage multisensoriel.
Nous ne sommes pas tous également attirants pour Aedes aegypti. Des expériences avec les odeurs cutanées de plusieurs volontaires ont révélé que les personnes les plus prisées présentaient davantage de certains acides carboxyliques à la surface de leur peau, et ces préférences sont restées stables au fil des années. La chaleur dégagée par notre corps entre aussi en jeu. Une expérience publiée en 2024 a démontré qu'Aedes aegypti peut détecter à courte distance le rayonnement infrarouge émis par une surface à la température de la peau humaine. Ce signal ne suffit pas à lui seul : il augmente surtout l'attraction lorsqu'il est associé au CO₂ de notre respiration et aux odeurs humaines.
Des horaires variables selon les espèces
Tous les moustiques n'ont pas le même rythme d'activité. Aedes aegypti est plutôt diurne, tandis que plusieurs Anopheles et Culex recherchent volontiers leurs hôtes au crépuscule ou la nuit. Chez Anopheles gambiae, la recherche et la piqûre suivent un rythme circadien et augmentent pendant la phase sombre. L'impression d'un moustique obstiné près de l'oreille dépend donc aussi de l'espèce présente dans la chambre.
En définitive, le bourdonnement nocturne est le résultat d'une combinaison de facteurs : le CO₂ que nous expirons, les odeurs de notre peau, la chaleur corporelle et les infrarouges, qui guident le moustique vers notre visage. Comprendre ces mécanismes pourrait aider à développer des répulsifs plus efficaces, ciblant spécifiquement ces signaux.



