Les plages de Menton ont été interdites à la baignade le week-end des 22 et 23 août après les violents orages des 20 et 21 août. Trois plages – le Carei, le Fossan et Garavan – ont conservé cette interdiction une partie du week-end. La mairie a justifié cette décision sur les réseaux sociaux samedi 22 août, indiquant attendre de nouveaux résultats d'analyse de la qualité de l'eau.
Une pollution microbiologique liée au réseau d'assainissement
En cause, une éventuelle présence de bactéries Escherichia coli et Entérocoques intestinaux, signe d'une contamination aux eaux usées. L'Aspona (Association pour la sauvegarde de la nature et des sites de Roquebrune-Cap-Martin, Menton et environs) dénonce depuis des années une pollution microbiologique du littoral. « Aujourd'hui, il y a une réelle problématique concernant le réseau d'assainissement. On retrouve des bactéries dans l'eau après chaque intempérie. Ce n'est pas qu'un problème d'image, c'est également un enjeu de santé publique », alerte l'association.
La Carf (Communauté d'agglomération de la Riviera française) explique que le problème provient en partie du système d'assainissement de la ville. Environ 3 km du réseau d'assainissement – sur les 80 km de tuyaux quadrillant le sous-sol – sont dits « unitaire ». Sur cette partie, les eaux pluviales sont raccordées au réseau d'eaux usées. « Ça concerne essentiellement les anciens quartiers, dont le centre-ville historique. À cet endroit, le réseau unitaire collecte à la fois des eaux usées et des eaux pluviales, qui sont ensuite acheminées vers la station d'épuration », précise Sylvain Michelet, directeur général des Services techniques de la Carf.
Des rejets exceptionnels après de fortes pluies
En conditions météorologiques normales, l'installation ne présente pas de problèmes. Mais en cas d'épisodes violents, la station d'épuration est incapable de traiter le volume d'eau lorsque le débit dépasse 2 000 m³ d'effluents par heure. Pour éviter d'endommager l'infrastructure, les eaux mélangées non traitées sont rejetées directement à la sortie de la station. « C'est arrivé cette nuit [dans la nuit du 20 au 21 août] pour la première fois de l'année », déplore Sylvain Michelet. « Mais par exemple l'année dernière [en 2025], ce n'était jamais arrivé. Ce sont vraiment des phénomènes très exceptionnels qui servent de fusibles pour préserver nos installations. On a pour obligation d'avertir l'ARS et la DDTM de ces dysfonctionnements », rappelle-t-il.
Depuis, la Ville a communiqué sur les réseaux sociaux. Toutes les plages sont de nouveau rouvertes. « En dehors des épisodes de pluie, la qualité de l'eau est plutôt bonne », renchérit Christophe Brunengo, vice-président de la Carf et maire de Sospel. « Cela prouve que notre réseau d'assainissement est performant et qu'on n'a pas de fuite qui alimenterait une pollution en continu », ajoute-t-il.
Une surveillance renforcée et des visites de la station d'épuration
La qualité de l'eau est surveillée de près toute la saison estivale. L'Agence Régionale de Santé réalise un contrôle hebdomadaire, dont les résultats sont disponibles librement. En parallèle, la Carf mène des tests préventifs plusieurs fois par semaine sur les plages des Sablettes, du Borrigo et de Gorbio.
« La Carf ne cherche pas du tout à masquer les difficultés que nous rencontrons », assure Christophe Brunengo. « Le cap est clair : améliorer les réseaux, diminuer toutes les eaux pluviales parasites dans les circuits d'assainissement, continuer la surveillance sur le Gorbio et continuer à investir dans les équipements pour protéger ce qui se rejette dans la Méditerranée. » Pour réaliser les travaux d'assainissement, l'avenue Riviera subira une circulation perturbée à partir de la rentrée. « C'est un travail de longue haleine, mais c'est une responsabilité que nous assumons totalement », conclut-il.
Des visites gratuites de la station d'épuration de Menton sont organisées pendant les Journées Européennes du Patrimoine, avec plus d'informations sur le site de l'office de tourisme.
Des analyses régulières et des classements divergents
Pour contrôler la qualité de l'eau, des tests bactériologiques sont réalisés de mi-mai à mi-septembre par la société Marinov, une filiale de SUEZ, dans le cadre d'un contrat avec la Carf. « Ces analyses sont réalisées selon la même méthode que celle de l'ARS, mais sous 24h au lieu de 48h. En cas d'urgence, la Communauté de la Riviera française peut même bénéficier de résultats sous 3h », explique la communauté d'agglomération. Des agents du laboratoire Marinov, situé à proximité de Grasse, interviennent plusieurs fois par semaine sur le rivage mentonnais. Chaque vendredi, des échantillons sont prélevés sur dix plages entre la frontière italienne et Roquebrune-Cap-Martin. Des analyses supplémentaires sont conduites le lundi et le mercredi sur trois plages : les plages du Borrigo et des Sablettes, très fréquentées, ainsi que celle de Gorbio, interdite à la baignade depuis 2024 en raison d'une trop grande quantité de bactéries.
À partir de ces analyses, disponibles librement sur le site Eaux de baignade du ministère de la Santé, chaque plage reçoit un classement. D'après l'ARS, à Menton, les plages du Fossan ainsi que celles des Sablettes Est et Ouest ont une eau de baignade « de bonne qualité », tandis que toutes les autres sont classées « d'excellente qualité ». Une certification qui diffère de celui de l'association Eau et Rivières de Bretagne, remarque Aspona. « Selon le classement “La Belle Plage”, aucune des plages de Menton n'est de bonne qualité. Elles sont toutes classées soit “à éviter” ou “déconseillée” ». L'association prend en compte l'historique des résultats : la baignade est « déconseillée » dès lors que moins de 85 % des prélèvements effectués sur les quatre dernières années sont classés « bon », et « à éviter » si ce pourcentage descend sous le seuil de 70 %.



