Contamination fécale à Saint-Mandrier : les joutes provençales au cœur d'une bataille sanitaire et politique
Joutes provençales et pollution : bataille sanitaire à Saint-Mandrier

Une polémique environnementale éclate autour des eaux du port de Saint-Mandrier-sur-Mer

À Saint-Mandrier-sur-Mer, dans le Var, une vive controverse secoue la commune concernant la qualité des eaux du port où sont pratiquées les traditionnelles joutes provençales. L'Association de protection de l'environnement (APE) de Saint-Mandrier tire la sonnette d'alarme face à une contamination bactérienne significative, tandis que le maire Les Républicains Gilles Vincent, fraîchement réélu, conteste fermement ces analyses et défend la pérennité de cette pratique culturelle ancestrale.

Des prélèvements révélant une contamination alarmante

Le 29 août 2025, à la veille de la prestigieuse Coupe de France des joutes provençales, Dominique Calmet, président de l'APE, a effectué des prélèvements d'eau dans la zone exacte des compétitions nautiques. Ces échantillons ont été confiés au Laboratoire départemental d'analyses et d'ingénierie du Var (LDAI) pour expertise microbiologique.

Les résultats se sont avérés préoccupants : 480 entérocoques pour 100 mL ont été détectés, un seuil qui correspond selon les normes en vigueur à une eau de baignade de mauvaise qualité, le seuil d'alerte étant fixé à 370 entérocoques. Cette contamination fécale dépasse donc largement les limites autorisées pour une activité aquatique.

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Par ailleurs, les plages avoisinant le port présentaient elles aussi des niveaux inquiétants durant cet été 2025 :

  • 130 entérocoques au Touring le 20 août
  • 230 entérocoques à La Vieille le 28 août

« On a effectué des prélèvements juste avant des compétitions de joutes et nous avons constaté que les eaux du port étaient largement contaminées, bien au-dessus des seuils autorisés pour la baignade sur une plage », confirme Dominique Calmet à France 3.

L'APE réclame des contrôles réguliers avant les compétitions

Face à ces résultats alarmants, l'Association de protection de l'environnement a transmis un rapport détaillé et circonstancié aux autorités compétentes :

  1. Le préfet du Var
  2. Le directeur de l'Agence régionale de santé (ARS)
  3. Le délégataire du port
  4. Le président des Francs-jouteurs

La position de l'association est claire et mesurée : il ne s'agit pas d'interdire les joutes provençales, mais d'instaurer des contrôles microbiologiques réguliers et systématiques avant chaque compétition. « C'est exactement le protocole qui a été appliqué pour les épreuves nautiques sur la Seine lors des Jeux olympiques de Paris : on ne supprime pas la compétition, on contrôle rigoureusement la qualité de l'eau », souligne l'APE.

Le maire conteste les analyses et défend la tradition

De son côté, la municipalité de Saint-Mandrier-sur-Mer a également procédé à des analyses des eaux du port, mais celles-ci ont été effectuées le 30 juillet 2025, soit un mois avant les prélèvements de l'APE. Ces analyses ont été réalisées suite à un incident technique sur la station de relevage du quai Séverine.

Gilles Vincent, maire LR de la commune, juge ces résultats tout à fait satisfaisants : « Le prélèvement municipal a été effectué par une personne agréée avec du matériel certifié. Les analyses démontrent que l'eau du port se situe bien en dessous des limites autorisées pour une eau de baignade ». Le premier édile rappelle par ailleurs que les joutes bénéficient d'une dérogation légale spécifique à l'interdiction générale de baignade dans les ports.

L'APE répond à cet argument en pointant une erreur méthodologique fondamentale : « Un prélèvement effectué antérieurement à un épisode de pollution ne peut en aucun cas prouver l'innocuité du port dans un contexte différent. La comparaison de ces deux analyses n'a donc aucune validité scientifique ».

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Une tradition culturelle menacée par des considérations sanitaires

Franck Mussou, président de l'association des Francs-jouteurs mandréens, adopte une position prudente et nuancée : « Les parents ne m'ont jamais contacté pour me signaler que leur enfant avait souffert de troubles gastriques après avoir participé aux joutes. Cependant, je ne prendrai jamais le risque de faire jouter des enfants si l'eau présente une pollution avérée », confie-t-il à France 3.

Le maire Gilles Vincent accuse quant à lui l'APE de politiser un dossier qui devrait rester technique et environnemental. Il rappelle que le fils du président de l'association était tête de liste de La Vague Mandréenne aux dernières élections municipales, et que l'ancien secrétaire de l'APE était mandataire de cette même liste d'opposition.

L'association balaie immédiatement cet argument : « L'engagement bénévole et désintéressé pour la santé publique et la protection de l'environnement n'est pas moins respectable que l'engagement électoral. Notre seule motivation est la sécurité sanitaire des pratiquants et la préservation de notre patrimoine naturel ».

Un débat qui dépasse le cadre local

Cette polémique à Saint-Mandrier-sur-Mer soulève des questions plus larges concernant la conciliation nécessaire entre :

  • La préservation des traditions culturelles et sportives régionales
  • L'impératif de sécurité sanitaire pour les pratiquants
  • La protection de l'environnement marin et côtier
  • La transparence des données et la méthodologie des contrôles

Le cas de Saint-Mandrier n'est pas isolé et reflète des tensions similaires observées dans d'autres communes littorales où des activités nautiques traditionnelles coexistent avec des préoccupations environnementales croissantes. La solution pourrait résider dans l'instauration d'un protocole de contrôle standardisé, similaire à celui mis en place pour les événements sportifs internationaux, permettant de concilier pratique culturelle et exigences sanitaires.