Les allégations complotistes à propos du Covid-19 ont été démenties par les faits ? Peut-être, mais la réémergence récente de l’hantavirus leur donne une nouvelle chance d’investir le paysage informationnel. Les réseaux sociaux ont donc rapporté une révélation choc : le mot « hanta » signifierait « fraude » ou « arnaque » en hébreu. Une preuve, selon les tenants de la théorie, que la maladie a été conçue en laboratoire par l’État d’Israël, les auteurs du méfait ayant volontairement laissé des « indices » au vu et au su de tous.
Une rumeur qui circule largement
Cette affirmation a fait beaucoup de vues sur X (par exemple, 151 000 ici, et 183 000 là), où elle a été partagée par des dizaines de comptes, y compris en français. On la retrouve aussi sur Instagram et Facebook. En outre, Grok, l’IA d’Elon Musk, a confirmé cette traduction, ce qui a renforcé la crédibilité de la rumeur. Mais qu’en est-il vraiment ?
Vérification : le mot « hanta » n’existe pas en hébreu
20 Minutes a cherché le mot « hanta » dans plusieurs traducteurs et dictionnaires hébreux/français. Verdict : ce mot n’existe pas en hébreu. Grok, l’IA qui avait initialement confirmé la traduction, a ensuite confessé avoir « halluciné ». Les experts en langue hébraïque interrogés par le site AAP confirment également cette absence.
L’étymologie réelle du hantavirus
Avant même de procéder à ces vérifications, il aurait suffi de se renseigner sur l’histoire et l’étymologie de la maladie. Découverte par l’Occident au début du XXe siècle, soit plusieurs décennies avant la création de l’État d’Israël, elle était déjà décrite par des textes chinois bien plus anciens. Le virus a connu diverses appellations avant d’être nommé « virus Hantan » en 1980, d’après la rivière coréenne du même nom, puis « hantavirus » en 1985. Rien à voir, donc, avec l’hébreu.
La complosphère recycle ses récits
Comme l’expliquait 20 Minutes il y a quelques semaines, la complosphère profite de la résurgence du hantavirus pour recycler les récits abracadabrants qu’elle avait élaborés à propos du Covid-19 lors de la pandémie de 2020. C’est aussi vrai pour l’épidémie d’Ebola qui frappe actuellement l’Afrique. La désinformation sur les virus semble ainsi suivre un schéma récurrent, exploitant les craintes et les lacunes de connaissances du public.



