Après chaque feu d'artifice sur la Côte d'Azur, la société Marinov, filiale du groupe Suez, intervient pour nettoyer le plan d'eau à Menton et Roquebrune-Cap-Martin. Cependant, ce ramassage se limite aux déchets visibles en surface, sauf si une commande spécifique de plongeurs est effectuée.
Un nettoyage de surface limité
Marinov opère à la demande des collectivités territoriales et est liée par un contrat avec les offices de tourisme de Menton et Roquebrune-Cap-Martin. Cet été, la société intervient sur 30 à 40 feux tirés entre les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône. Le bateau, équipé de bras munis de grands filets et d'un projecteur, récupère les débris flottants, principalement des morceaux de carton, de papier et d'aluminium, comme l'explique Benoît Chenay, ingénieur responsable du pôle interventions maritimes de Marinov.
La société propose deux services : un nettoyage en surface le soir même et un nettoyage sous-marin le lendemain, effectué par des plongeurs scaphandriers. Le temps passé sur l'eau dépend de la demande du client. Par exemple, pour le feu du 15 août à Menton, le bateau est resté deux heures, tandis qu'à Roquebrune-Cap-Martin, il est resté une heure la veille.
Des fonds marins non nettoyés faute de demande
Aucune des communes n'a commandé un nettoyage des fonds marins le lendemain des feux d'artifice. Virginie Simoncini, adjointe au maire de Menton déléguée à l'Événementiel, précise que les scaphandriers sont hors marché et que leur intervention n'est pas prévue dans le contrat de base. Pour un nettoyage sous-marin, il faudrait débourser 1 200 euros HT en plus des 1 690 euros HT facturés pour le nettoyage en surface, et ce, sans être sûr d'un ramassage exhaustif, car les courants peuvent emporter les déchets pendant la nuit.
Cette limite est reconnue par le prestataire : le nettoyage dépend de la zone de tir, de la météo et des courants. Benoît Chenay concède : « On en récupère le maximum, mais on reste dépendant de la météo et des courants marins. On ne peut pas tout ramasser. »
Des volumes variables et des déchets non réutilisables
Dans l'anse des Sablettes, Marinov a récupéré environ 140 litres de déchets après le feu de Menton, contre 700 litres pour le Festival d'art pyrotechnique de Cannes. Benoît Chenay souligne que le feu de Cannes est dix fois plus important, donc on ramasse forcément plus de débris. Les sacs récoltés sont ensuite envoyés dans les filières habituelles de traitement des déchets, mais les matériaux ne peuvent pas être réutilisés par les artificiers. Eric Harfi, de la société EFC Événement qui a illuminé Menton le 15 août, explique : « Au contact de l'eau, la matière pyrotechnique réagit. On ne peut pas réutiliser ce qui a été mouillé. »
L'Association pour la sauvegarde de la nature et des sites de Roquebrune-Cap-Martin, Menton et environs s'insurge : « Quand les artificiers et les communes qui leur passent commande prendront-ils enfin des mesures pour éviter d'aggraver la pollution marine ? »
Une évolution vers des pratiques plus écologiques
Malgré un impact environnemental persistant – les feux d'artifice dispersent des particules et des composés chimiques comme les sels métalliques et les perchlorates – les professionnels notent une évolution. Benoît Chenay affirme que les artificiers sont beaucoup plus sensibilisés et que les communes font de plus en plus appel à Marinov. Le Festival de Cannes, qui nettoie systématiquement le plan d'eau depuis 2005, interdit depuis 2022 l'usage de protections en aluminium dans les artifices.
Virginie Simoncini souligne que la question environnementale est présente dans tous les marchés publics et que l'on fait en sorte que le plan d'eau soit dépollué et les déchets triés. Eric Harfi, fort de 35 ans de métier, note que les produits ont évolué : les fabricants n'utilisent plus de plomb ou de mercure, et les produits sont contrôlés par des laboratoires français et européens. Il ajoute : « Il n'y a quasiment plus de plastique. La plupart des fabricants utilisent des coques en carton biodégradable ou en pâte de riz. »
Le biologiste marin Pascal Romans, interviewé dans le podcast Mediterrani du 16 août, résume : « On a des feux de moins en moins polluants, mais moins polluants ça ne veut pas dire sans impact pour la faune marine. »



