Les écrans publicitaires dynamiques installés à Nice par JCDecaux depuis près de dix ans sont au cœur d'une controverse. Lors du conseil municipal du 19 juin 2026, l'élue d'opposition écologiste Juliette Chesnel-Le Roux a demandé leur diminution progressive, et le maire Éric Ciotti a promis d'étudier la question. Pendant ce temps, les habitants expriment des avis mitigés sur leur utilité.
Des avis partagés dans la rue
Interrogés par Nice-Matin, plusieurs Niçois livrent leurs impressions. Géraldine déclare : « Je les ai remarqués à partir du moment où ils ont affiché des portraits de gens. » Clara, elle, précise : « Quand je lève la tête, je les aperçois mais je ne m'y attarde que si l'information m'intéresse. Comme les actualités des concerts, par exemple. » Yacine, plus critique, admet : « Il y a trop d'écrans en ville, ça clignote partout, j'avoue que je n'y fais pas attention. Je suis déjà obnubilé par mon téléphone. » Marcin, enfin, nuance : « Je fais attention à ceux dans le tramway mais pas aux autres. »
Des préoccupations environnementales
Juliette Chesnel-Le Roux est convaincue que ces écrans sont des polluants. « Ça consomme de l'énergie - c'est stupide -, ça fait du bruit et ça dégage de la chaleur. Un seul panneau publicitaire lumineux représente l'équivalent de la consommation annuelle d'électricité, hors chauffage, de trois familles ! », s'insurge-t-elle. Selon elle, « l'espace public ne devrait pas être un marché à ciel ouvert où chaque mètre carré disponible devient un support commercial ».
Une étude de l'Ademe, l'agence de la transition écologique, menée en 2025, appuie ces inquiétudes : l'utilisation de 15 000 écrans publicitaires équivaut à l'empreinte carbone de 1 200 Français, à la consommation en ressources minérales de 32 000 personnes (soit la population d'une ville comme Lens), et à la consommation électrique de près de 3 500 logements.
Nice, pionnière des panneaux digitaux
Nice a été la première ville de France à installer des panneaux d'affichage digitaux double face, selon la revue Lumière sur la ville. 30 écrans ont été installés entre octobre et décembre 2017 par JCDecaux, sous le mandat de Christian Estrosi (alors étiqueté Les Républicains). Le groupe français, spécialisé dans la publicité urbaine, défend son activité : « la communication extérieure digitale combine l'émergence et la visibilité de l'affichage traditionnel, l'un des médias les plus appréciés en France, et la contextualisation en temps réel, formidable levier d'attention et d'engagement pour les messages des marques nationales et locales, des villes, des institutions ».
Une attention limitée
Juliette Crépet, docteure en sciences de l'information et de la communication, a rédigé une thèse intitulée « les écrans dans la ville », soutenue en novembre 2016. Elle observe : « Ils sont intégrés dans la dynamique de la vie citadine, exposés comme des tableaux devant lesquels on passe. » Elle rapporte que lorsqu'elle s'est arrêtée pour les filmer, des passants s'en sont étonnés, avant de rester à ses côtés pour regarder les publicités. Elle cite un article universitaire publié en 2008, qui prouve que les citadins regardent ces écrans deux secondes seulement. « La subtilité, c'est que les gens sont plus ou moins attentifs selon leur usage de l'espace. Sont-ils pressés ? Attendent-ils ? », explique-t-elle.
Des résultats positifs dans le tram
Marcin Sobieszczanski, enseignant-chercheur et directeur du master de media design - espaces communicationnels de l'Université Côte d'Azur, se montre plus enthousiaste. Il a mené une étude sur les écrans dans le tramway niçois il y a une dizaine d'années : « Les résultats étaient très positifs. Il n'y a que du bénéfice en termes de diffusion de l'information, de retombées publicitaires… Nous avions par exemple enregistré l'augmentation de fréquentation de sites - de l'opéra de Nice notamment - grâce aux annonces vocales. » Pour lui, ces médias font partie de l'avenir. « Beaucoup de contenus passent par là. Nous devons former nos étudiants à leur création », poursuit-il. Il cite l'exemple de l'aéroport Nice Côte d'Azur, où les usagers utilisent plusieurs applications tout en étant exposés à divers écrans. Il apprend à ses étudiants à écrire en tenant compte des exigences de synchronisation avec les systèmes d'information, afin qu'ils soient aptes à produire du contenu pour le projet de métro entre Nice et Monaco, un serpent de mer régulièrement évoqué lors des problèmes de circulation ou de liaison ferroviaire.



