À Toulon, les associations ACTEnergies et TVD (Toulon Var Déplacements) mettent en garde contre l'usage prolongé de la fonction « recyclage d'air » de la climatisation automobile. Des mesures réalisées le 30 juin montrent que le taux de CO2 dans l'habitacle peut atteindre 2 125 ppm en huit minutes, un niveau susceptible de réduire la vigilance du conducteur.
Une fonction pratique mais dangereuse
Le bouton de recyclage, symbolisé par une flèche en boucle à l'intérieur d'une silhouette de véhicule, ferme l'entrée d'air extérieur et fait circuler l'air déjà présent dans la voiture. Les conducteurs l'utilisent pour accélérer le refroidissement ou se protéger de la pollution extérieure, mais cette fonction active trop longtemps présente un risque.
« Les conducteurs utilisent la fonction recyclage de la clim, ils isolent l'habitacle de l'extérieur pour accélérer le refroidissement ou lorsque l'air extérieur est pollué, mais cette fonction activée trop longtemps est un danger », explique Michel Pierre, bénévole pour ACTEnergies. Sur certains modèles, elle s'enclenche automatiquement en mode « A/C Max », sans que le conducteur en ait toujours conscience.
Des mesures alarmantes en conditions réelles
Pour objectiver le phénomène, les deux associations ont utilisé un capteur ModuleAir, confié par AtmoSud dans le cadre du projet Captair, financé par la Région et la DREAL. L'expérience s'est déroulée le 30 juin en circulation, à bord d'une petite Yaris avec deux personnes et le recyclage activé.
À 10 h 17, le capteur affiche 578 ppm (parties par million), proche de l'air extérieur. À 10 h 24, il grimpe à 1 932 ppm, puis à 10 h 26, il atteint 2 125 ppm. Soit environ 1 600 ppm de plus en huit minutes, à raison de 200 ppm par minute. Recyclage coupé, le retour à la normale prend cinq minutes.
Autre enseignement : ce jour-là, avec un air extérieur peu chargé en microparticules fines (PM2.5), les taux relevés dans l'habitacle étaient équivalents avec ou sans recyclage. Hors pic de pollution, le bénéfice du circuit fermé est nul, mais l'accumulation de CO2 est bien réelle.
Des effets sur la vigilance, pas une intoxication
Le CO2 n'est pas toxique à ces niveaux, mais ses effets collatéraux inquiètent. Jusqu'à 800 ou 1 000 ppm, la fatigue s'installe ; entre 1 000 et 2 000 ppm, l'attention diminue et le temps de réaction s'allonge ; au-delà de 2 000 ppm, les effets deviennent préoccupants, surtout sur les longs trajets.
Dominique Robin, d'AtmoSud, sollicité par les associations, confirme « que le sujet est bien documenté, même s'il reste moins médiatisé que la pollution extérieure ». Un adulte au repos expire 15 à 20 litres de CO2 par heure, davantage s'il parle. Dans les 2,5 à 3 m³ d'air d'un habitacle, les 2 000 ppm mesurés sont plausibles. Une famille de quatre personnes peut dépasser 5 000 ppm sur un long trajet, avec une somnolence accrue et des performances cognitives comparables à un léger manque de sommeil.
Un appel à la prévention sur les autoroutes
Les associations ne demandent pas de renoncer au recyclage, qui garde son utilité dans un tunnel, derrière un poids lourd fumant ou dans un embouteillage dense. Elles plaident pour un usage intermittent : « La fonction recyclage ne devrait pas être utilisée plus de cinq à dix minutes de temps en temps », résument-elles.
Si quelques modèles récents, souvent haut de gamme, mesurent la qualité de l'air de l'habitacle et basculent seuls vers l'air neuf, la très grande majorité des véhicules en circulation ne surveille pas le CO2 intérieur. Les associations portent le projet de mettre des panneaux de prévention sur les autoroutes, à l'heure où le Var a enchaîné les épisodes caniculaires et où l'A57 comme l'A50 se chargent à l'approche de la rentrée. À défaut de capteur, c'est au conducteur de penser à rouvrir l'arrivée d'air.



