À Cagnes-sur-Mer, dans le quartier du Val-de-Cagne, un ancien canal d'irrigation est gravement contaminé par des eaux usées provenant d'un camp provisoire de gens du voyage. Selon une analyse réalisée en septembre 2025 par le laboratoire Eurofins LEA, l'eau contient une « quantité importante de matière fécale, typique d'un apport d'eaux usées humaines non traitées ». Cette pollution, qui dure depuis plusieurs années, affecte les terrains agricoles environnants et suscite l'inquiétude des riverains.
Un camp provisoire devenu permanent
En 2019, après des intempéries violentes, la municipalité de Louis Nègre a installé un camp provisoire sur un terrain loué pour accueillir des familles issues de la communauté sédentarisée des gens du voyage, déplacées du terrain des Caraïbes. Aujourd'hui, environ 200 personnes vivent sur ce site, soit bien plus que la capacité prévue. Les équipements sanitaires sont sous-dimensionnés : moins de cinq toilettes pour l'ensemble des résidents, selon Marc Pastorino, un riverain qui alerte depuis cinq ans.
« Ils sont parqués là et subissent aussi ces nuisances. Hormis les WC de leurs caravanes, ils ont seulement trois ou quatre toilettes mises à disposition. Ça n'est pas vivable. D'autant plus que le provisoire dure depuis 7 ans ! », déplore Marc Pastorino.
Des conséquences environnementales et sanitaires
Les eaux usées s'écoulent dans un fossé qui traverse la propriété de Marc Pastorino, longe un champ d'oliviers et un jardin partagé, avant de se jeter à quelques mètres du fleuve. « On est en zone agricole, ces eaux se déversent dans mon champ d'oliviers et le maraîchage de mon voisin... ça fait plus de cinq ans que j'alerte, en vain... Je suis obligé de vivre enfermé et j'hésite à inviter des gens chez moi », confie-t-il, déconfit face aux odeurs pestilentielles.
France nature environnement (FNE) 06 s'est également saisie du dossier. Sa présidente, Jeanine Blondel, alerte depuis 2021 sur « le risque de contamination de la nappe phréatique. À la fin, ça finit dans le fleuve. Le canal borde aussi plusieurs parcelles d'un jardin partagé privé. Les légumes doivent avoir un drôle de goût », ironise-t-elle.
Un projet de relogement retardé
Le nouveau terrain des Caraïbes, censé accueillir les familles, est en construction mais le chantier a pris six mois de retard en raison d'une irrégularité dans le permis de construire. Un mur trop haut a dû être arasé sur ordre du tribunal de Grasse. La livraison est désormais prévue pour septembre 2026, sauf décision judiciaire. FNE 06 a déposé un recours à la Chambre régionale de la Cour des comptes pour vérifier l'éligibilité du projet à un financement pour une aire d'accueil d'itinérants, la communauté étant sédentaire.
L'inaction des autorités dénoncée
Philippe Touzeau-Menoni, élu divers centre d'opposition, dénonce l'inaction des municipalités successives. « Que font-ils ? », interroge-t-il. Lors des élections municipales de mars, il avait brandi une « fiole contaminée » lors d'un débat, une image qui avait fait réagir sur les réseaux sociaux. « Cet échantillon, je le ressortirai autant de fois qu'il le faudra. Si l'ancienne majorité n'a pas bronché, allant jusqu'à nier la pollution, j'espère bien que la nouvelle agira. Pour le moment, ça n'est pas concluant », glisse-t-il, amèrement.
Sollicitée, l'actuelle municipalité menée par Bryan Masson (RN) n'a pas répondu aux demandes d'information.



