Gérard Millischer : 30 ans à pister le loup dans le Mercantour
Gérard Millischer : 30 ans à pister le loup dans le Mercantour

Un ancien militaire devenu pisteur de loup

En plein hiver, il faut marcher quatre heures pour rejoindre Gérard Millischer à Mollières, hameau de Valdeblore isolé au cœur du parc national du Mercantour. À 77 ans, cet homme au parcours atypique séjourne chaque année dans des conditions rustiques, bravant la fatigue des trajets en raquettes ou à skis. Son sourire accueillant sous un vieux chapeau de feutre ne laisse pas deviner un passé d’officier dans la Marine nationale, dans les années 1970.

Très vite, ses convictions non-violentes l’ont poussé à démissionner : « Je n’allais pas passer ma vie à me préparer à faire la guerre », explique-t-il. Après avoir voyagé, encadré des colonies de vacances en bateau ou avec des ânes, il devient ouvrier agricole dans les Alpilles. C’est là qu’il observe pour la première fois des rapaces comme le vautour percnoptère, l’aigle de Bonelli ou le hibou Grand-duc. Son intérêt pour l’ornithologie le met en contact avec des naturalistes, qui l’informent d’un futur lâcher de gypaètes dans le Mercantour.

La première photo du loup après deux ans d’affût

En 1993, Gérard rejoint la Vésubie et propose d’étudier le retour du loup dans le vallon de Mollières. Stagiaire pour le parc national, il met en place un protocole de suivi en 1994 : collecte d’indices de présence, évaluation de la vigilance des ongulés sauvages. Passionné, il renouvelle sa présence hivernale, seul pendant quatre à six mois, les quatre années suivantes. « Quand j’ai vu le loup pour la première fois, c’était rare et intense », raconte-t-il, les yeux pétillants.

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Les agents du parc lui demandent des photos. Il lui faudra deux ans d’affûts pour obtenir le premier cliché, en mars 1996. Cette image est la toute première photographie d’un loup depuis son retour en France. Depuis, il revient presque chaque hiver pour « retrouver mes souvenirs, prendre du bon temps dans un coin que je connais bien, parcourir le terrain, trouver des choses, me sentir un peu hors du monde ».

Une vie rude mais choisie

Seul la plupart du temps, dans un refuge sommaire équipé d’une fenêtre sur le torrent, d’une table, d’un matelas sur des planches, d’une petite cuisinière et d’un poste de radio, la solitude ne lui pèse pas. Il passe ses journées à « rêvasser sur place, laisser le silence rentrer en moi. Il y a une foule d’animaux, même s’ils ne sont pas bruyants ni très visibles. Le plaisir est de m’y engouffrer, de me laisser noyer là-dedans ».

Avec l’âge, les trajets deviennent plus éprouvants, mais il n’envisage pas d’arrêter. Quand on lui demande son âge, il répond malicieux : « C’est ma dernière année pour relire Tintin, puisqu’on peut le lire de 7 à 77 ans ! »

Étudier la prédation pour une cohabitation possible

Gérard Millischer réalise aussi des constats de prédation. Selon lui, « c’est d’abord un constat d’échec. Pas d’échec de l’éleveur, il fait ce qu’il peut avec les moyens qu’il a. Mais échec global de la protection. Il y a des choses à revoir, à restructurer, à ré-imaginer ». Pendant plusieurs années, il a passé des nuits à observer les troupeaux avec des jumelles thermiques, en accord avec les éleveurs, pour comprendre le comportement des loups et des chiens de protection.

Son objectif : améliorer la protection des troupeaux. « On a affaire à un sacré malin ! Mais nous aussi, on est malins. Il faut arriver à jouer sur tous les fronts. Une cohabitation est possible », conclut-il.

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