L'Europe confrontée à un nouveau choc énergétique majeur
Le continent européen se retrouve une nouvelle fois exposé à une crise énergétique de grande ampleur. Alors que les tensions au Moyen-Orient s'intensifient, avec des navires bloqués ou visés par des frappes iraniennes, la dépendance européenne aux énergies fossiles importées apparaît plus criante que jamais. Quatre ans après l'invasion russe de l'Ukraine, qui avait provoqué une flambée historique des prix du gaz, l'Europe importe massivement du gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar et reste tributaire du pétrole moyen-oriental.
Un sentiment de déjà-vu inquiétant
« Cela a un air de déjà-vu. Je me rappelle avoir eu exactement les mêmes conversations en 2021, et en février 2022 au moment de l'invasion de l'Ukraine par la Russie », constate avec amertume Jan Rosenow, professeur en politique énergétique et climatique à l'université d'Oxford. Ses propos, tenus lors d'une conférence en ligne lundi 2 mars, résument l'inquiétude des experts : « Nous n'avons pas vraiment retenu les leçons que nous aurions dû retenir ».
La guerre déclenchée samedi par des frappes israéliennes et américaines sur l'Iran a déjà entraîné une flambée d'environ 7% des cours du pétrole lundi, tandis que les prix du gaz en Europe se sont envolés de plus de 30%. « Les tensions actuelles au Moyen-Orient viennent rappeler aux Européens leurs fragilités », souligne Patrice Geoffron, professeur à l'université Paris-Dauphine-PSL et directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières.
La dangereuse illusion de sécurité des fossiles
Pauline Heinrichs, spécialiste en diplomatie climatique au King's College de Londres, analyse : « Historiquement les combustibles fossiles promettaient d'apporter une certaine forme de liberté, de démocratie, de croissance et, surtout, de sécurité ». Elle ajoute avec fermeté : « Je pense que cette guerre illégale et inutile nous rappelle à la fois que cela est manifestement faux et, deuxièmement, que cela relève, sur la sécurité, de l'illusion ».
Les chiffres confirment cette vulnérabilité structurelle. Selon l'Agence internationale de l'énergie en 2023, l'Europe dépend à plus des deux tiers des énergies fossiles, principalement pour ses véhicules, son chauffage et ses usines. Seule la production d'électricité s'est nettement décarbonée ces dernières années : les énergies fossiles n'ont produit que 29% du courant dans l'Union européenne l'an dernier, selon les données d'Ember.
Une transition énergétique trop lente
À travers l'Europe, l'appétit politique pour investir davantage dans les énergies renouvelables pour toute l'économie s'est émoussé. Cette transition énergétique reste loin des objectifs globaux, certains pays reculant carrément, comme les États-Unis. « La transition mondiale est encore trop lente », a lancé le patron de l'ONU Climat, Simon Stiell, sur LinkedIn. Pourtant, selon lui, c'est « la voie évidente vers la sécurité et la souveraineté énergétiques ».
Après le début de la guerre en Ukraine, l'Europe est passée d'une dépendance massive aux gazoducs russes à une dépendance très importante aux importations de GNL, transporté par navire, en provenance des États-Unis et du Qatar. Le prix du gaz en Europe a bondi lundi après l'annonce par QatarEnergy de l'arrêt de sa production de GNL suite à une attaque de drones iraniens. Entre 10 et 15% des importations européennes de gaz viennent du Qatar.
Le plus grand signal d'alarme depuis l'Ukraine
« L'Europe est confrontée au plus grand signal d'alarme depuis l'invasion de l'Ukraine », décrypte Ana Maria Jaller-Makarewicz, analyste pour l'Institut d'économie de l'énergie et d'analyse financière (IEEFA). Les experts plaident pour une accélération du déploiement des énergies propres.
Simone Tagliapietra, chercheur à l'institut européen Bruegel, argumente : « Plutôt que de ralentir la transition vers une économie à faible intensité carbone, les nouvelles tensions montrent que le déploiement de sources d'énergie propres produites localement devrait être accéléré ». Il conclut avec conviction : « Ce n'est qu'en réduisant sa dépendance structurelle vis-à-vis des importations de pétrole et de GNL que l'Europe pourra protéger durablement son économie contre les chocs externes récurrents ».
La situation actuelle met en lumière l'urgence pour l'Europe d'accélérer sa transition énergétique et de développer son autonomie en matière de production d'énergie renouvelable. Les crises successives démontrent que la dépendance aux énergies fossiles importées constitue un risque géopolitique et économique majeur pour le continent.



