La Nasa s'apprête à lancer une mission sans précédent pour sauver son observatoire spatial Swift, un satellite vieillissant mais toujours opérationnel, qui perd progressivement de l'altitude et menace de se désintégrer dans l'atmosphère d'ici la fin de l'année. L'agence spatiale américaine a confié cette tâche à la société privée Katalyst Space, qui doit envoyer un petit satellite remorqueur pour remonter Swift sur une orbite plus sûre.
Un satellite scientifique irremplaçable
Lancé en novembre 2004, le Neil Gehrels Swift Observatory est un satellite d'observation conçu pour détecter les sursauts gamma, les explosions les plus puissantes de l'univers. Selon la Nasa, Swift « est devenu un élément clé de la stratégie de l'agence pour observer les changements soudains et imprédictibles dans le ciel » et « a permis la découverte et la localisation de cibles cosmiques inconnues auparavant ». Ses observations sont ensuite approfondies par d'autres télescopes spatiaux et au sol, faisant de lui un instrument de première ligne pour comprendre le fonctionnement de l'univers.
Bien que sa mission initiale fût de deux ans, Swift est toujours 100 % opérationnel après plus de vingt ans. Cependant, il n'est pas équipé de propulseurs pour ajuster son orbite. Sous l'effet de la traînée atmosphérique, accentuée par le pic d'activité solaire récent, le satellite est passé d'une altitude initiale de 600 km à environ 400 km. Sans intervention, il devrait rentrer dans l'atmosphère et se désintégrer d'ici à la fin de l'année.
Une course contre la montre
Pour éviter cette perte, la Nasa a chargé Katalyst Space, en septembre dernier, de concevoir, construire, tester et lancer un engin capable de « booster » Swift. Le contrat s'élève à 30 millions de dollars (environ 26 millions d'euros). Depuis décembre, la stratégie scientifique du satellite a été modifiée pour réduire son exposition à la traînée atmosphérique : il ne pointe plus toutes les zones du ciel, mais seulement celles qui limitent sa perte d'altitude. L'objectif est de maintenir Swift au-dessus de 300 km, seuil en dessous duquel la mission deviendrait beaucoup plus difficile.
Financièrement, cette mission de sauvetage est bien moins coûteuse que la construction d'un nouvel observatoire aux capacités similaires. La Nasa espère ainsi prolonger la vie de Swift pour une fraction du prix d'un remplacement.
Un lancement atypique
La mission, baptisée « Swift Boost », se distingue par son mode de lancement. Au lieu d'une fusée classique, la petite fusée Pegasus XL, transportant le satellite remorqueur Link de Katalyst Space, sera larguée depuis un avion L-1011 Stargazer de Northrop Grumman. L'avion décollera de l'atoll de Kwajalein, dans les îles Marshall, et larguera la fusée à 12 km d'altitude. Ce site a été choisi car il permet d'insérer Link directement sur l'orbite de Swift.
Le satellite Link, d'environ 2 mètres de long et 400 kg, est équipé de trois bras robotiques. Une fois en orbite, il sera d'abord testé par les équipes de Katalyst Space avant de s'approcher de Swift pour l'inspecter et identifier des points d'accroche.
Une opération délicate de plusieurs mois
Après capture, Link utilisera ses propulseurs pour remonter Swift à une altitude sécurisée, une manœuvre qui devrait prendre environ trois mois. Il faudra ensuite un mois supplémentaire pour remettre l'observatoire en service. Si tout se déroule comme prévu, Swift devrait être opérationnel à l'automne.
Cette mission est une première : ce sera « la première fois qu'une mission robotique commerciale capture un engin spatial de la Nasa inhabité et pas conçu pour être dépanné dans l'espace », selon l'agence spatiale. La Nasa y voit une opportunité de démontrer sa capacité à réagir rapidement et à développer des technologies de maintenance en orbite, de plus en plus nécessaires face à l'augmentation du nombre de satellites et de débris spatiaux.



