L'Alliance humaine 2020, un réseau de sites internet comprenant notamment un site de rencontres, une plateforme de covoiturage et un service de petites annonces, vise à permettre aux personnes « éveillées » de rester entre elles. Cet entre-soi, qui peut prêter à sourire, est en réalité un mécanisme d'isolement et de renforcement des croyances complotistes, selon Florant Mercadier, responsable de la section Midi-Pyrénées de l'UNADFI (Union nationale de défense des familles et de l'individu).
Un écosystème numérique pour « éveillés »
Sur la plateforme Alliance Rencontre du Nouveau Monde (ARNM), les utilisateurs renseignent leurs croyances, leur statut vaccinal et recherchent un partenaire « éveillé » partageant la même « vision du monde ». Ce dispositif s'inscrit dans un ensemble plus large : l'Alliance humaine 2020 propose aussi du covoiturage et des petites annonces, créant ainsi un véritable écosystème pour les personnes partageant ces idées.
Pour Florant Mercadier, ce réseau ne doit pas être pris à la légère : « Le site de rencontres, le Bon Coin ou le Blablacar QAnon ça fait sourire. Sauf qu'il y a des gens que ça ne fait pas rire et qui disent : ''Chouette, enfin'' ». L'Alliance humaine 2020 s'est construite pendant la crise sanitaire en relayant des thèses antivax et des récits de la mouvance américaine QAnon.
QAnon, une « complosphère » aux ramifications françaises
En France, QAnon ne constitue pas une secte à proprement parler, mais plutôt une « complosphère » ou une « sectosphère », où se croisent complotisme, survivalisme, libertarianisme et évangélisme, selon Florant Mercadier. Sa particularité réside dans une théorie globale organisée autour du « Plan », la croyance en un combat secret mené notamment par Donald Trump contre un « État profond », auquel l'actualité serait reliée.
Cette vision du monde rend la discussion avec les autres impossible : « Quand vous vivez avec un QAnon, au bout d'un moment, vous êtes soit débile, soit un traître », résume Florant Mercadier. C'est là que les services d'Alliance humaine 2020 prennent leur sens : site de rencontres, covoiturage, petites annonces… autant d'espaces où rester entre « éveillés » et réduire la contradiction.
Des précédents inquiétants et un modèle économique
Le danger n'est pas seulement théorique. L'assaut du Capitole ou l'affaire Pizzagate aux États-Unis, où un homme a ouvert le feu dans une pizzeria pour soi-disant « libérer » des enfants victimes d'un réseau pédocriminel d'élite, illustrent les dérives possibles. En France, l'affaire Mia dans les Vosges en 2021 montre jusqu'où ces réseaux peuvent aller : des membres liés aux « citoyens souverains » ont utilisé forums et messageries de sites de rencontres pour préparer l'enlèvement de la fillette de 8 ans.
ARNM touche à l'intime : « Il n'y a pas meilleur moyen de vous recruter dans une secte que l'amour », explique Florant Mercadier. Le site peut aussi répondre à la solitude : proposer de « trouver quelqu'un » devient, selon lui, « un argument de recrutement en soi » : « Il y a une misère affective et sociale qui fait partie intégrante du discours ». Le créateur de ces sites, Antoine C., a aussi bâti un « business » autour de cet entre-soi, avec notamment une cotisation de 17 euros demandée par l'Alliance : 17 comme Q, la 17e lettre de l'alphabet, référence centrale dans l'univers QAnon.
Un « maillage social » qui renforce les croyances
On sourirait presque en apprenant que certains pensent que la Suède et la Norvège n'existent pas. Mais « plus vous riez d'eux, plus vous les renforcez », souligne Florant Mercadier. L'exemple de Raël, longtemps invité à la télévision pour être tourné en dérision, montre que certains ont vu au contraire quelqu'un qui ose affronter les « sachants » et le pouvoir. Derrière le personnage moqué, de très jeunes femmes avaient juré de se tenir sexuellement à sa disposition.
Derrière le « Tinder complotiste », ou le covoiturage entre « éveillés », Florant Mercadier voit se construire un « maillage social » et « un environnement où il n'y a pas de contre-discours ». Ce type de circuits peut finir par devenir « une source et un débouché » pour ses membres, selon le responsable de l'ADFI.



