Soins palliatifs à Brignoles : le docteur Bar face à la loi sur l'aide à mourir
Soins palliatifs : le docteur Bar face à la loi sur l'aide à mourir

Le docteur Christian Bar, chef de l'unité mobile des soins palliatifs de Brignoles, dans le Var, incarne une opposition résolue à la loi sur l'aide à mourir, tout en prodiguant des soins quotidiens à des patients en fin de vie. Accompagné d'Angélique, infirmière, il effectue des visites à domicile où se mêlent douleur, humour et écoute, comme lors de sa rencontre avec Marie, 66 ans, atteinte d'un cancer de l'utérus métastasé.

Une visite à domicile sous le signe de la franchise

Marie, ancienne aide à domicile, refuse opération et chimiothérapie pour ne pas être affaiblie. Elle évalue sa douleur entre 3/10 et 9/10, et la morphine semble inefficace. Le docteur Bar privilégie alors une « rotation d'opioïdes ». Face à elle, il évoque la sédation profonde et continue, encadrée par la loi Claeys-Leonetti de 2016, qui « permet d'arrêter la douleur, sans donner la mort ». Il précise : « C'est la maladie qui l'emporte et ça fait toute la différence. On est là pour soigner les gens ou les soulager, pas les tuer. C'est philosophique. »

Marie, qui voit dans la nouvelle loi une opportunité, déclare : « C'est un grand oui ! » Le docteur Bar, opposé à l'aide à mourir comme la majorité de ses collègues, a défendu sa position devant la commission des Affaires sociales du Sénat, même s'il « accepte » le vote des députés. Il fera jouer sa clause de conscience si on lui demande d'injecter un produit létal.

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Des décisions collégiales et des craintes pour les plus vulnérables

Le matin même, le docteur Bar a endormi un patient de 75 ans, bronchitique avec insuffisance respiratoire, suivi depuis trois ans. Cette décision a nécessité six échanges avec le malade et un avec une psychologue. Il confie : « On s'est demandé si ce n'était pas lui qui avait mis en échec son traitement. C'est dur d'être sûr de ce qu'on va faire. » Il endort environ cinq patients par an, soit 1 % de ses patients.

Le médecin redoute que la nouvelle loi exerce une pression sur « les plus faibles et les moins socialement aisés », évoquant des « économies potentielles » alors que « les soins palliatifs ne coûtent rien comparés à une chimio ». Il craint aussi que « le travail soit mal fait », que « des familles morflent » ou que les critères soient « élargis aux enfants ou aux psychiatriques ». Il a assisté à des euthanasies illégales pendant ses études de médecine.

Patricia, une patiente pleine de vie malgré la maladie

Plus tôt dans l'après-midi, l'équipe a rendu visite à Patricia, 73 ans, à Saint-Maximin, pesant moins de 36 kg. Suivie pour une bronchite chronique de niveau 4, elle a mal « en permanence » et se dit « allergique » à la morphine. Le docteur Bar et Angélique cherchent à la détendre pour « augmenter sa qualité de vie » sans en faire « des zombies ». Patricia, ancienne infirmière, plaisante sur sa condition : « Je suis guerrière. Sinon, je serais déjà morte. »

Favorable à la loi, elle craint néanmoins les abus : « Il ne faut pas qu'il y ait d'abus, ni qu'on en profite pour se débarrasser des gens. Parfois, je me dis que j'ai une vie de merde. Mais je peux changer d'avis. » Le docteur Bar, qui la voit pour la première fois, lui assure : « Si jamais vous en avez assez, c'est à nous qu'il faut en faire la demande. On peut vous endormir… » Avant d'ajouter avec émotion : « Mais pour l'instant, je vois bien que vous êtes pleine de vie à l'intérieur. »

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