Le boycott de Patrick Bruel s'étend parmi ses anciennes admiratrices. Entre colère et désillusion, ces femmes tournent la page d'un chanteur accusé de violences sexuelles et affirment leur soutien aux victimes. L'artiste de 67 ans est visé par de nombreuses plaintes pour des faits de viols et d'agressions sexuelles. Une pétition pour l'annulation de sa tournée a même obtenu plus de 38 000 signatures.
Des fans déçues et en colère
Elles ont décidé de boycotter l'idole de leur enfance, celui dont les musiques ont accompagné leurs vies. Aujourd'hui, Patrick Bruel, accusé par de nombreuses femmes de violences sexuelles, ne leur procure qu'un sentiment de dégoût et de colère. "Comment peut-on le défendre ?", s'interroge Maryline Achat, fan de l'artiste depuis l'âge de 10 ans. Aujourd'hui âgée de 47 ans, elle a décidé, avec ses cinq amies, de ne pas se rendre à son concert le 20 novembre prochain, au Zénith de Saint-Étienne. "Je soutiens toutes les femmes qui ont eu le courage de témoigner", indique-t-elle, avec fierté, à Midi Libre.
Un changement radical dans les habitudes
Sur la route vers le camping de Vaison-la-Romaine où elle a l'habitude d'aller, Maryline Achat et sa famille passaient systématiquement les musiques de Patrick Bruel. Désormais, l'artiste n'accompagnera plus les trajets en voiture. De quoi interroger la cadette de la fratrie, âgée de 8 ans : "Mais maman, quand je serai grande, on n'ira pas voir Patrick Bruel ?" Aujourd'hui, la quadragénaire a fait une croix sur le chanteur. Elle a même signé la pétition pour l'annulation de sa tournée. "Je n'ai pas validé ma signature immédiatement. Il a quand même marqué 40 ans de ma vie !"
Un sentiment partagé par Pascale, 51 ans. Elle aussi a commencé à suivre le chanteur à l'époque de la "Bruelmania", dans les années 80-90. Depuis, la quinquagénaire a assisté à plusieurs de ses concerts. Le dernier en date était à Montélimar. "Le concert était génial ! J'ai même réussi à avoir un autographe", raconte-t-elle. "Aujourd'hui, j'ai juste envie de le déchirer." Le jour où Pascale a découvert les nombreux témoignages accusant Patrick Bruel de viols et d'agressions sexuelles, la déception a rapidement fait place à l'évidence. "Je me souviens à un concert des Enfoirés, à Lyon, au début des années 2000, il avait tendu un papier à une jeune fille devant moi dans la fosse. Je m'étais dit 'quel charmeur ce Patrick !', se remémore Pascale, qui ne peut désormais s'empêcher de penser "qu'elle fait peut-être aujourd'hui partie des victimes".
Des victimes dans le Midi
Ces victimes, Françoise, Héraultaise de 70 ans, y pense beaucoup. "Dans le Midi, beaucoup de femmes sont concernées", s'attriste la septuagénaire, se remémorant notamment l'affaire des masseuses ou encore celle d'Ophélie, violée chez le chanteur, dans le Vaucluse. Comme beaucoup d'autres fans, Françoise croit les plaignantes. "Au début, j'ai douté de la véracité des témoignages. Mais aujourd'hui, au vu du nombre et de l'ampleur des plaintes, on ne peut plus se voiler la face." L'Héraultaise pointe notamment du doigt les personnes pensant que ces femmes ne font ça "que pour l'argent". La retraitée fait également un constat : "dans mon entourage, seuls les hommes remettent en question la parole de ces femmes". Elle avoue même être parvenue à convaincre son mari.
Soutien aux victimes et appel à la justice
La reconnaissance et la défense des victimes sont ainsi au cœur des motivations du boycott. "Qu'on soutienne Patrick Bruel, c'est une chose. Mais qu'on dénigre les femmes qui ont témoigné, ce n'est pas possible", ajoute l'Héraultaise. Désormais, elle espère que justice sera faite pour ces femmes. "Bruel maintenant, il ne peut plus rien faire, il est trop vieux. Mais d'autres continueront d'utiliser leur notoriété, si une bonne leçon n'est pas faite."



