Le néolibéralisme en France : un diagnostic paresseux face à la réalité d'un État-providence massif
Néolibéralisme en France : un diagnostic paresseux ?

Le néolibéralisme : un mot-valise dans le débat public français

Dans le débat public en France, le terme « néolibéralisme » s'est imposé comme un diagnostic automatique et universel. Ce mot est invoqué pour expliquer la situation de l'hôpital, les défis de l'école, la stagnation des salaires, la crise du logement, et même les problèmes de gouvernance. En somme, il est devenu une explication totale de la réalité, offrant un coupable unique et une indignation immédiate. Cette facilité rhétorique permet souvent d'éviter une discussion approfondie sur les mécanismes complexes à l'œuvre.

La plasticité infinie d'un terme qui perd son sens

Le problème ne réside pas dans la critique légitime du libéralisme, ni même dans l'usage du terme lui-même. La difficulté vient de la plasticité infinie du mot « néolibéralisme », qui lui confère une puissance rhétorique certaine, mais lui retire progressivement sa valeur explicative. Si l'expression s'ancre historiquement dans des débats intellectuels d'avant-guerre, avec dès 1938 des discussions sur l'opportunité de conserver « libéralisme » ou d'adopter « néolibéralisme », sa trajectoire est loin d'être univoque. Aujourd'hui, il tend à remplacer l'analyse multifactorielle des causes par un simple totem accusateur. Ainsi, si la France traverse des difficultés, est-il vraiment pertinent d'en attribuer la responsabilité unique au néolibéralisme ?

Les chiffres qui démentent le récit d'un État effacé

Les statistiques ne suffisent pas à définir une politique, mais elles permettent de disqualifier un récit paresseux. Du point de vue des comptes publics, les données sont éloquentes : la dépense des administrations publiques en France en 2024 s'élève à environ 57 % du PIB (précisément 57,1 % selon les chiffres Eurostat relayés par l'Insee), alors que la moyenne de la zone euro se situe à 49,6 %. Cet écart significatif illustre le poids considérable de l'État dans l'économie française.

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Une pression fiscale parmi les plus élevées de l'OCDE

Concernant les prélèvements obligatoires, les comparaisons internationales sont particulièrement instructives. L'OCDE estime qu'en 2024, les recettes fiscales représentaient 43,5 % du PIB en France, plaçant le pays au deuxième rang des 38 membres de l'organisation sur ce ratio. On peut certes contester l'efficacité de l'utilisation de ces ressources, mais il est difficile de prétendre à un effacement de l'État face à de tels chiffres.

En matière de protection sociale, les prestations sociales atteignent 31,9 % du PIB en France selon Eurostat pour 2024, l'un des niveaux les plus élevés de l'Union européenne, dont la moyenne est de 27,3 %. En résumé, la France apparaît statistiquement comme une économie de marché dotée d'un État-providence massif, tant en termes de dépenses que de prestations, et caractérisée par une pression fiscale très élevée au regard des standards comparables.

Le débat qui évite les vraies questions de priorités

La Banque de France propose un diagnostic précis : l'écart durable de dépense publique entre la France et la zone euro s'explique principalement par la protection sociale, et secondairement par des postes comme les affaires économiques, le logement et l'enseignement. L'institution chiffre cet écart et en détaille la structure, mettant notamment en lumière le poids des retraites et de la santé.

La nécessité d'un État qui priorise plutôt que d'un débat idéologique

La conséquence logique de cette analyse n'est pas un choix binaire entre « il faut moins d'État » ou « il faut plus d'État ». Elle invite plutôt à réfléchir à « il faut un État qui priorise ». La question, d'une banalité redoutable, est la suivante : que voulons-nous financer en priorité, et qu'acceptons-nous d'arrêter véritablement ? Le piège du « néolibéralisme » comme concept n'est pas d'être une idée en soi, mais de nous faire croire que nous avons compris la situation simplement parce que nous avons nommé un coupable. Cette simplification empêche souvent un débat serein sur les arbitrages nécessaires et les réformes structurelles.

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