La loi créant un droit à l'aide à mourir a été promulguée ce mercredi 19 août 2026 et publiée au Journal officiel. Ce texte, validé par le Conseil constitutionnel, s'inscrit dans un débat qui trouve ses racines sur la Côte d'Azur : il y a 42 ans, Nice accueillait un congrès international consacré au droit de mourir dans la dignité, où l'on évoquait déjà l'« interruption volontaire de vieillesse » et le « testament biologique ».
Un congrès historique à Nice en 1984
Du 20 au 23 septembre 1984, la capitale azuréenne est devenue le centre des débats sur la fin de vie en accueillant le Ve Congrès international de la Fédération mondiale des associations pour le droit de mourir dans la dignité. Selon les archives, l'ambiance y était « survoltée », notamment en raison de la présence du professeur Christian Barnard, pionnier des greffes du cœur, venu plaider pour l'euthanasie active.
L'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) militait alors pour une « régulation » des décès et le droit de choisir sa mort face à l'acharnement thérapeutique naissant. Odette Thibault, militante féministe et dirigeante de l'association, a lancé les hostilités pendant les quatre jours de débats. Elle aurait déclaré : « Le suicide est la seule façon de mourir vivant. Savoir mourir fait partie du savoir-vivre », ou encore « On a supprimé la peine de mort, mais que dire de la peine de vie qu'on inflige lorsque celle-ci est devenue insupportable ? »
Des débats sur l'IVV et le testament biologique
Durant le congrès, les participants ont débattu de l'« interruption volontaire de vieillesse » (IVV) et du « testament biologique » pour récuser l'acharnement thérapeutique. La distinction entre euthanasie passive et euthanasie active divisait les esprits, sur fond d'angoisse collective du « mal-mourir ».
Cette offensive militante a provoqué un malaise au sein du corps médical, mais a aussi déclenché un sursaut éthique. Le docteur Robert Zittoun, pionnier de l'hématologie, invité à Nice, a jugé ces revendications déplacées alors qu'aucun service de soins palliatifs n'existait en France. De retour à Paris, il a lancé un forum pluridisciplinaire pour poser les bases de l'accompagnement des mourants, promouvant une « troisième voie ».
L'héritage du congrès de Nice dans la loi de 2026
La dynamique nationale issue du congrès de Nice a poussé les pouvoirs publics à installer un groupe de travail dès 1985, ouvrant la voie à la circulaire de 1986, puis à la loi Neuwirth de 1999 qui a consacré les soins palliatifs. Quarante-deux ans plus tard, la loi promulguée ce mercredi répond précisément à certaines questions posées à Nice. Le « testament biologique » réclamé en 1984 se concrétise aujourd'hui par une demande écrite obligatoire, confirmée après un délai de réflexion. Le flou éthique entourant le geste létal est résolu : la loi privilégie l'autoadministration par le patient, limitant l'acte direct d'un soignant au seul cas d'incapacité physique absolue.
En 1984, les médecins s'interrogeaient sur leur déontologie face à l'arrêt des soins. En 2026, une procédure d'évaluation collégiale est imposée, et une clause de conscience explicite protège les soignants refusant de participer. Enfin, pour éviter le vide de structure et d'outils médicaux constaté en 1984, le texte de 2026 impose au médecin d'informer le demandeur sur les dispositifs d'accompagnement existants et de lui garantir l'accès aux soins palliatifs. Nice n'a pas écrit la loi d'aujourd'hui, mais elle a offert la première tribune publique à un combat devenu désormais un droit.



