L’article 14 du projet de loi d’urgence agricole, dont l’examen a débuté mardi 19 mai, vise à inscrire directement dans la loi un assouplissement des règles de gestion de la prédation du loup. Un sujet pointu et acéré comme les crocs d’un canidé. Les députés ont commencé l’examen de ce texte censé apporter « des solutions concrètes » aux difficultés des agriculteurs, parmi lesquelles la souveraineté alimentaire, le revenu des agriculteurs ou les pesticides. Des centaines d’amendements ont été déposés, et le vote final est prévu le 2 juin.
Un cadre juridique assoupli
Jusqu’à présent, le cadre de destruction ou de régulation du loup reposait principalement sur des arrêtés ministériels et préfectoraux. C’est le cas récemment dans les Pyrénées-Atlantiques, où le préfet a mis à jour le zonage « loup », ouvrant la possibilité de tirs de défense. Cette procédure administrative ne satisfait pas les éleveurs. « Les agriculteurs ne sont pas des chasseurs de loup. C’est à l’État d’assumer la régulation de ce prédateur, pas à nous », tance Bernard Allègre, président du groupement pastoral Bruges-Capbis-Mifaget, dans l’Est-Béarn, qui a déjà subi deux attaques en estive. « Le loup se rapproche de plus en plus des villes. Quand il y aura une attaque en zone urbaine, les Français se rendront vraiment compte de l’ampleur du problème. »
Des chiffres en hausse
En 2025, selon les chiffres officiels, le nombre d’attaques de loup a augmenté d’environ 10 % (4 441 attaques), tandis que le nombre d’animaux victimes a augmenté de 15,1 % (12 927 bêtes, surtout des ovins). La population de loups en France est estimée à 1 082 individus par l’Office français de la biodiversité (OFB).
Simplification des tirs de défense
Le but affiché de l’article 14 est de simplifier l’accès aux tirs de défense pour les éleveurs et d’accélérer les procédures de neutralisation en cas d’attaques sur les troupeaux. Ce texte traduit dans la loi le déclassement par l’Union européenne du loup, qui ne fait plus l’objet d’une protection « stricte » mais « simple ».
La ligne rouge des réserves naturelles
La mesure la plus controversée est l’abattage de loups au cœur même des réserves naturelles nationales (RNN). Les associations environnementales dénoncent le franchissement d’une « ligne rouge » : « Il est inacceptable que des espaces créés pour protéger la biodiversité deviennent des terrains de destruction d’une espèce protégée. » Les défenseurs des animaux rappellent que la perturbation des meutes par des tirs anarchiques peut aggraver la dispersion des loups et multiplier les attaques, et qu’il faut sanctuariser les tirs d’effarouchement avant de tuer l’animal.
Les 22 réserves nationales de la Nouvelle-Aquitaine pourraient être concernées par ce changement législatif. Toutefois, la zone cœur du Parc national des Pyrénées n’est pas concernée par cette évolution : il sera toujours interdit d’y utiliser un fusil. De leur côté, les syndicats agricoles revendiquent, entre autres, la possibilité de « tirs de défense avant toute attaque, sans délai administratif ni récépissé préalable » et « des tirs de prélèvement autorisés dès la première attaque ».



