Alors que les canicules s'intensifient avec le changement climatique, les politiques d'adaptation mises en place par les États restent largement aveugles aux inégalités sociales, dénonce un rapport de l'ONG Human Rights Watch publié ce mercredi 8 juillet 2026. Intitulé "La chaleur ne tue pas tout le monde de la même manière", ce document de 120 pages souligne que les populations les plus pauvres, les personnes âgées, les femmes enceintes et les travailleurs en extérieur sont les premières victimes des vagues de chaleur, mais les dernières à bénéficier des mesures de protection.
Un constat alarmant sur l'impact différencié des canicules
Selon le rapport, entre 2000 et 2024, les canicules ont causé plus de 70 000 décès prématurés en Europe, dont 60 % concernaient des personnes de plus de 75 ans. En France, l'été 2022 a été particulièrement meurtrier avec près de 10 000 morts supplémentaires liées à la chaleur. L'ONG souligne que dans les quartiers défavorisés, le taux de mortalité lors des canicules est deux à trois fois plus élevé que dans les quartiers aisés, en raison notamment de logements mal isolés, d'un accès réduit à la climatisation et d'une présence moindre d'espaces verts.
"Les gouvernements conçoivent des plans canicule qui sont techniquement efficaces, mais ils oublient que la capacité à se protéger de la chaleur dépend du revenu, du logement et de l'accès aux soins", explique John Doe, chercheur à Human Rights Watch et co-auteur du rapport. "Une personne âgée vivant seule dans un appartement mal ventilé sans moyens de transport pour rejoindre un lieu climatisé est bien plus exposée qu'un cadre dans une maison avec piscine."
Des politiques d'adaptation insuffisamment ciblées
Le rapport pointe plusieurs lacunes dans les stratégies nationales d'adaptation. En France, le Plan national canicule (PNC) prévoit l'ouverture de salles climatisées, des appels téléphoniques aux personnes âgées isolées et des campagnes d'information. Cependant, Human Rights Watch estime que ces mesures ne sont pas suffisamment adaptées aux besoins des plus vulnérables. Par exemple, les salles climatisées sont souvent situées dans les centres-villes, inaccessibles pour les habitants des banlieues ou des zones rurales sans voiture. De plus, les appels téléphoniques ne permettent pas de vérifier l'état réel des personnes, surtout en cas de canicule extrême où les lignes peuvent être saturées.
Dans les pays du Sud, la situation est encore plus critique. En Inde, où les températures dépassent régulièrement les 45 °C, le rapport note que 80 % des travailleurs sont employés dans le secteur informel, souvent en extérieur, sans aucune protection sociale ni accès à des pauses à l'ombre ou à de l'eau potable. "Les politiques d'adaptation doivent être conçues avec et pour les communautés les plus exposées", insiste John Doe.
Des recommandations pour une justice climatique
Human Rights Watch formule plusieurs recommandations pour intégrer la justice climatique dans les politiques d'adaptation. Parmi elles : la mise en place de systèmes d'alerte précoce ciblés, l'amélioration de l'isolation des logements sociaux, la création d'espaces de fraîcheur dans les quartiers défavorisés, et la protection juridique des travailleurs en extérieur avec des horaires aménagés et des pauses obligatoires. L'ONG appelle également à un financement accru de l'adaptation dans les pays en développement, conformément aux engagements de la COP29.
"L'adaptation aux canicules ne peut pas être un luxe réservé aux plus riches. C'est une question de droits humains", conclut le rapport. Alors que les prévisions indiquent une multiplication par quatre des jours de canicule d'ici 2050 en Europe, les États n'ont plus le choix : ils doivent agir rapidement pour protéger les plus vulnérables, sous peine de voir les inégalités se creuser encore davantage.



