Le très vieux projet de déviation de l'ex-RN7 entre Antibes et Vallauris, censé désengorger la circulation entre ces deux communes, reste bloqué par un recours déposé en 2021 par un collectif d'opposants. Malgré une première tranche inaugurée en 2018, la seconde phase n'a pas avancé et les élus planifient désormais jusqu'en 2028 pour espérer une reprise des travaux.
Un projet vieux de près de 50 ans
La déviation, longue de 2,7 kilomètres à deux fois une voie limitée à 50 km/h, devait relier Antibes à Cannes via Golfe-Juan. Déclarée d'utilité publique en 1975, elle était censée soulager les axes de bord de mer (ex-RN98) et la RD6007 (ex-RN7). Mais le dossier est resté dans les tiroirs de l'État puis du conseil départemental des Alpes-Maritimes pendant des décennies.
La première portion, reliant le rond-point de l'Aube à l'avenue Massier à Golfe-Juan, a été inaugurée à l'été 2018. Depuis, plus rien n'a avancé. Le second tronçon, qui doit rejoindre le giratoire des Eucalyptus à Antibes, est toujours en attente.
Un recours environnemental qui bloque tout
Le collectif Stop à la déviation, composé de plusieurs associations dont Greenpeace, a déposé un recours en 2021 qui a fait mouche. Une étude écologique a révélé la présence de 28 espèces protégées sur le tracé, puis plus d'une trentaine. « Bien que l'État ait validé la déclaration d'utilité publique en 2010 et que les travaux de la deuxième phase aient déjà débuté, le juge a considéré que l'apparition de nouvelles lois sur la biodiversité annulait les anciennes autorisations », explique Sylvain Jiausserand, responsable à la Direction des routes, des infrastructures et des transports (Drit).
L'État et la Dreal ont imposé de reprendre la procédure à zéro. « Il faut démontrer à nouveau l'intérêt public majeur du projet et entamer de nouvelles études environnementales dites “Quatre saisons” », précise Ratib Kharroubi, technicien à la Drit. Ces démarches supplémentaires ont déjà coûté 300 000 euros, sans compter les surcoûts futurs, dont l'acquisition des terrains de compensation et la reprise des travaux estimés à 5,7 millions d'euros.
Une volonté politique forte malgré les blocages
Lors d'une réunion à la Maison des associations d'Antibes le 12 juin 2026, l'association de défense de l'environnement Antibes Ouest Golfe-Juan (ADEAOGJ) a interpellé les élus. Françoise Thomel, adjointe au maire d'Antibes, a affirmé : « Le maire et moi-même sommes totalement derrière ce projet. Il est essentiel pour désengorger les voiries et nous protéger du risque d'inondation grâce aux bassins de rétention prévus. »
Le maire de Vallauris Golfe-Juan, Kevin Luciano, soutient également le dossier depuis son premier mandat.
La quête des 13 hectares de compensation
Pour espérer relancer les travaux, le Département doit trouver 13 hectares de terrains à renaturer pour compenser les dommages causés sur le tracé. « À ce jour, c'est notre plus grande difficulté. Nous n'avons sécurisé que trois hectares et étudions cette possibilité sur 4,5 autres », admet Ratib Kharroubi. Le Département expertis des anciennes friches industrielles ou carrières dégradées, notamment vers Biot, pour démontrer un gain écologique majeur. « La décision finale reviendra au préfet et aux services de l'État. Une mobilisation de riverains favorables pèsera positivement », ajoute-t-il.
Un calendrier prévisionnel jusqu'en 2028
Malgré les blocages, un calendrier a été présenté. L'année 2026 est charnière : recherche active des terrains de compensation et inventaires faunistiques et floristiques pour déposer un dossier de dérogation pour destruction d'espèces protégées. En 2027, instruction du dossier par l'État et poursuite des études, dont des audits acoustiques. Si tout aboutit, le Département espère obtenir les autorisations définitives en 2028, puis lancer le dossier de consultation des entreprises pour relancer les travaux.



