Désormais directrice éditoriale du mensuel « Terre Sauvage », qui sort une nouvelle formule ce mois-ci, Daphné Roulier va présenter « Quai n° 8 - Au nom du vivant », de grands entretiens autour du climat, sur LCP.
Un engagement de longue date pour l'environnement
Figure de Canal + pendant vingt-trois ans, la journaliste Daphné Roulier consacre désormais sa carrière à l’environnement. Aujourd’hui, elle défend « Terre Sauvage », un mensuel dédié à la nature dont elle dirige la ligne éditoriale. Le magazine célèbre d’ailleurs ses quarante ans d’existence avec une nouvelle formule à découvrir en kiosque le 27 mai.
En parallèle, la Franco-Grecque de 58 ans sera sur LCP dans « Quai n°8 - Au nom du vivant », des grands entretiens menés avec des scientifiques et des militants de la planète comme la navigatrice Isabelle Autissier (le 29 mai). Daphné Roulier veut alerter sur les menaces qui pèsent sur notre planète, et donner des pistes pour agir.
Un parcours médiatique tourné vers la nature
Le public vous a découvert dans « Nulle Part Ailleurs », où vous présentiez le journal. Vous avez ensuite pris les commandes d’émissions sur les médias (« + Clair ») et le cinéma (« Le Cercle » et « Extérieur Jour »). On connait moins votre engagement pour la planète…
DAPHNÉ ROULIER : L’environnement, le climat sont des enjeux existentiels. Chez Canal, déjà j’essayais de les aborder dans « L’effet Papillon », où l’on traitait de l’actualité internationale. Quand j’ai quitté la chaîne en 2019, j’ai proposé une émission à France Télé sur cette thématique. Hugo Clément a été préféré : il était plus jeune et avait déjà une communauté très importante sur les réseaux sociaux. Ce n’était pas mon cas à l’époque. Mais j’ai toujours voulu faire exister ces sujets qui sont très insuffisamment traités dans les médias. Faute de tribune, je me suis servie d’Instagram pour relayer des infos sur ces questions avant que LCP ne me propose d’y consacrer une hebdo. On l’a baptisée « Maman, j’ai arrêté l’avion ».
Une nouvelle aventure éditoriale
En février 2025, vous êtes devenue la directrice de la ligne éditoriale de Terre&Fils Média. De quoi s’agit-il ?
L’entrepreneur Jean-Sébastien Decaux a voulu constituer un groupe de médias consacré à l’environnement. Il a racheté Galatée Films, la société de production de feu le réalisateur Jacques Perrin à qui l’on doit Le Peuple Migrateur, Océans, Les Choristes aussi, et beaucoup de films sur le vivant. Jean-Sébastien Decaux a également repris « Alpes Magazine » et « Terre sauvage ». Il cherchait une directrice éditoriale.
Quel est votre rôle ?
J’initie des projets chez Galatée Films. Cela peut être l’adaptation de livres, par exemple celui de la dessinatrice Inès Léraud, autrice de l’album Champ de bataille (Delcourt) sur le remembrement. Ensemble, nous préparons un documentaire et une fiction. Chez « Terre sauvage », j’ai travaillé à la refonte intégrale du magazine. Cela a pris presque un an et demi.
Un magazine repensé pour les quarante ans
Pour ses quarante ans, le mensuel se transforme. Désormais, il propose un grand entretien que vous signez. Ces rencontres, filmées, seront aussi diffusées sur la chaîne LCP dans l’émission « Quai n°8 - Au nom du vivant ». Pourquoi ce besoin d’interroger des experts ?
Dans un monde où Trump désubventionne les institutions du savoir et toutes celles liées à la recherche sur le climat, où en France l’Ademe - l’agence de la transition écologique - et l’Agence Bio sont attaquées, il est indispensable de sanctuariser la parole des scientifiques et des sachants. Dans ce premier numéro remodelé de « Terre Sauvage », j’interroge Emmanuel Faber, l’ancien patron de Danone.
Après l’océanographe François Sarano, la navigatrice Isabelle Autissier, le spécialiste des neurosciences Sébastien Bohler, suivront la dessinatrice Catherine Meurisse qui sort à la rentrée un album sur le naturaliste américain Henry David Thoreau, la primatologue Sabrina Krieff et l’anthropologue Philippe Descola.
Quand la défiance envers la science progresse, il est nécessaire de proposer des espaces de compréhension fondés sur la connaissance, sur la nuance et sur la pédagogie. Il faut aider à mieux comprendre notre rapport au sauvage, à retrouver notre lien au vivant.
Les autres nouveautés de « Terre Sauvage »
J’ai invité Yann Marguet, un humoriste qui intervient sur France Inter et dans l’émission « Quotidien » sur TMC à nous rejoindre. La journaliste Elisabeth Quin va nous prescrire un livre tous les mois. Priscilla Telmon prend la rédaction en chef. Cette fille, qui a accompagné Sylvain Tesson dans ses voyages à ses débuts, est exceptionnelle : à la fois ethnologue, exploratrice, photographe… Nous allons aussi inaugurer une rubrique sur l’art et la nature, une chronique judiciaire, initier des récits d’exploration et des carnets de voyage… Il suffit de trouver les bonnes personnes, les bons ingrédients pour que cela fonctionne harmonieusement.
Une ambition culturelle et numérique
Depuis ses débuts, « Terre sauvage » a créé l’émerveillement à travers des textes et des photos puissantes en partant du principe que l’émotion était une extraordinaire porte d’entrée vers la compréhension et, in fine, vers l’action.
Emerveiller reste indispensable, mais cela ne suffit plus. Il faut éclairer, interpeller, croiser les regards, ouvrir des débats. Nous voulons prolonger l’héritage du titre en l’inscrivant dans notre époque. Au-delà du papier, nous allons développer le numérique avec des podcasts et à terme, je l’espère, une chaîne YouTube.
Notre ambition est de devenir une marque culturelle de référence rassemblant toutes celles et ceux qui s’intéressent au vivant : photographes, scientifiques, penseurs, artistes, explorateurs, créateurs de contenus, simples curieux et bien sûr, les lecteurs. J’aimerais que « Terre Sauvage » ne soit pas juste un média que l’on lit, mais aussi que l’on suit, que l’on partage et avec lequel on interagit.
Une préoccupation existentielle
Êtes-vous préoccupée par l’avenir de la planète ?
Oui. De tout temps, les gens connaissaient les saisons, le nom des arbres, le fonctionnement du vivant. Nous sommes peut-être la première génération à être coupée de la nature et nos enfants vont grandir dans ce monde-là. Cela ne les étonne pas de ne plus entendre les oiseaux à la campagne. C’est un drame parce qu’on ne peut se mobiliser que pour ce que l’on a connu, aimé et qui disparaît. Nous sommes en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis de façon irréversible. C’est un enjeu existentiel. Je pèse mes mots. Je suis très engagée, peut-être trop, mais je prends cela très à cœur.
Ne craignez-vous pas de faire peur ?
Je ne veux pas transmettre d’inquiétude. On n’aide pas les concitoyens en leur serinant que « l’apocalypse est pour demain », on leur coupe juste les ailes. D’après l’Ademe, 4,2 millions de Français souffrent d’éco-anxiété. Il faut alerter sans sidérer, donner des clés de réflexion, proposer des leviers d’action, dessiner de nouveaux horizons. Je préfère privilégier la pédagogie, la beauté, la connaissance, la poésie même, sans pour autant ignorer les faits, leur gravité ou les sujets qui fâchent.
Les racines de son engagement
D’où vient votre intérêt pour les problèmes du climat ? Y a-t-il eu un déclic ?
Je pense que cela vient de mes années au JT. Quand vous passez votre vie, comme tout bon journaliste, à lire la presse, vous ne pouvez que constater les dégâts. Il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas être catastrophé. Nos campagnes sont devenues silencieuses. Les étés n’ont jamais été aussi chauds et les épisodes de sécheresse aussi intenses.
Je me souviens des insectes sur le pare-brise, quand, enfant, nous partions à la campagne en voiture. Aujourd’hui, plus rien. C’est problématique. C’est une évidence. Ce qui me chagrine, c’est de voir des émeutes devant une boutique parce qu’une marque de montre sort un nouveau modèle. Mais que les sujets liés à l’environnement n’infusent pas plus dans les médias.
Des choix personnels pour la planète
Avez-vous modifié vos habitudes pour limiter votre impact sur l’environnement ?
J’essaie de faire au mieux mais je ne suis pas du tout exemplaire. Je ne peux pas renoncer à l’avion parce que je suis à moitié grecque et que, une fois par an, je retourne en Grèce, mon autre pays. Je n’ai pas suffisamment de vacances pour m’y rendre en train ou en bateau. Mais prendre un avion pour un week-end à Barcelone ? Non. Dès que je peux, je privilégie le train.
J’achète peu de vêtements. J’ai trois jeans, qui ont tous la même coupe, et trois ou quatre pulls. Ce n’est pas vrai qu’il faut 250 tee-shirts Shein ou Zara dans son placard pour être quelqu’un. Consommer est, hélas, devenu une identité. Je refuse aussi d’utiliser des intelligences artificielles, une technologie très énergivore. Quand je vois les jeunes qui demandent à l’IA : « Quel temps il fera demain ? » ça me rend folle.
Vous jardinez beaucoup aussi...
Je passe ma vie à planter des arbres dans mon petit jardin en Bretagne. C’est très satisfaisant. Certains ont des noms. Il y a Barnabé, un cryptomeria du Japon. Et Eugène, un olivier. Des études ont montré que les malades hospitalisés guérissaient plus vite si leur chambre donnait sur une forêt plutôt que sur un parking. La nature a des vertus thérapeutiques dingues. Rien n’est mieux pour moi, quand je suis fatiguée et stressée, que de jardiner. Je plante, je désherbe, je taille, je coupe, je nettoie, je soigne et cela vaut une année de psychothérapie.



