Sur les hauteurs d'Antibes, le soleil pénètre presque partout dans l'appartement d'Annie Audoye, sauf dans une pièce. Ce bureau aux murs marron et aux fauteuils défraîchis est tapissé de photos d'enfants rieurs et de parents souriants, mais aussi de milliers de procès-verbaux empilés. Dix mètres carrés de questions sans réponses, le cœur de la quête d'une mère.
Le 21 mai 1991, Marie-Hélène Audoye, 22 ans, représentante en pharmacie à la beauté magnétique, quitte son domicile de Cagnes-sur-Mer pour une tournée commerciale devant la mener jusqu'à Briançon. Elle est vue pour la dernière fois à Monaco vers midi dans une officine. Un témoignage la replace près de chez elle en début d'après-midi, un crochet imprévu qui reste une énigme. Ni elle, ni sa Renault Supercinq blanche n'ont jamais été retrouvées.
Le pôle cold case relance l'enquête
Depuis quatre ans, le pôle cold case de Nanterre a repris le dossier. Quinze tomes de fausses pistes et de pistes non étudiées à l'époque, comme le souligne un procès-verbal de synthèse de 2024 : certains actes sollicités par la partie civile n'ont pas été réalisés, par choix non expliqué ou impossibilité. La division des affaires non élucidées de la gendarmerie s'attaque à ce puzzle complexe.
Annie Audoye, 80 ans, poursuit le travail inlassablement, seule depuis la mort de son mari Jacques il y a 15 ans. Le duo d'enquêteurs qu'ils formaient n'a jamais renoncé. Elle connaît le dossier par cœur, dans ses moindres méandres et contradictions. Son espoir : savoir, retrouver ne serait-ce qu'un corps, ou parfois l'espoir fou que sa fille soit vivante quelque part.
Des recherches acharnées
Annie et son mari ont tout tenté : louer un hélicoptère pour survoler les ravins, acheter un sonar pour sonder lacs et canaux, vérifier des pistes, dénicher des témoignages, parfois au risque d'agacer les enquêteurs. « Je voulais juste retrouver ma fille », répète-t-elle, comme pour s'excuser.
Les juges d'instruction se sont succédé, explorant des hypothèses allant d'un accident de la route à un réseau de prostitution, en passant par la relation tumultueuse avec son petit ami. Le pôle cold case écarte désormais la piste de l'accident, privilégiant « l'intervention d'un tiers ». Marie-Hélène était très belle, sortait beaucoup sur la Côte d'Azur, mais venait de se « caser » avec son amour de jeunesse, malgré les infidélités de ce dernier.
Le 21 mai 1991, elle est revenue de Monaco vers Cagnes au lieu de prendre la route des Hautes-Alpes. Que s'est-il passé ensuite ? C'est la question qui hante Annie. Courbée sur ses pochettes, elle cherche chaque jour un indice, un mensonge, un lien. Elle pleure parfois, mais rit aussi en se souvenant d'un témoin affirmant avoir vu Marie-Hélène dans un film pornographique. Ce n'était pas elle, mais Annie avait fait des captures d'écran pour le dossier. Rien ne l'arrêtera tant qu'elle n'aura pas la réponse : où est Marie-Hélène ?



