Canicules dans le Gard : les maraîchers face à une "petite récolte"
Canicules dans le Gard : maraîchers face à une petite récolte

Dans le Gard, les maraîchers subissent de plein fouet les canicules successives de l'été 2026. À Vic-le-Fesq, Sylvie Vigier et Éric Perrier constatent une "petite récolte" : les tomates ne mûrissent pas, les salades meurent, et la coopérative Uni-Vert prévoit une production en baisse de 23%, passant de 26 000 à 20 000 tonnes.

Une hécatombe dans les rangées

Dès l'aurore, Sylvie Vigier ramasse les courgettes dans ses allées vertes. Mais cette année, le légume est arrivé à maturité pour ceux qui ont tenu le coup. Le constat est sans appel : "Avec la chaleur, les bouquets n'ont pas fleuri, ou le fruit ne mûrit pas, il reste vert", explique-t-elle. En début de saison, les premiers bouquets de l'exploitation ont brûlé sous la chaleur, malgré une irrigation constante.

Les plants de salades espérés pour septembre sont également touchés : "La moitié est morte sous les coups de la chaleur", déplore la maraîchère. Pour le couple, l'adaptation est éreintante : "On commence la journée plus tôt, on finit plus tôt ensuite, en plein milieu d'après-midi, travailler dans les serres, c'est impossible." Il n'est pas rare de profiter de la nuit pour faire les semis.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une situation alarmante dans toute la zone méditerranéenne

Les fortes canicules de cette année se ressentent sur tous les fruits et légumes de la zone méditerranéenne. Nordine Arfaoui, directeur de la coopérative Uni-Vert, basée à Saint-Gilles, tire la sonnette d'alarme. Cette coopérative bio coordonne les productions de 80 maraîchers et arboriculteurs du Gard, des départements voisins (Hérault, Vaucluse, Bouches-du-Rhône) et de la Corse pour la culture de la clémentine et de l'avocat.

En moyenne, la coopérative diffuse 26 000 tonnes de frais sur le marché chaque année. "Cette année, on en produira 20 000, la différence est énorme pour nous", souligne Nordine Arfaoui. Les tomates et les salades sont les premiers produits impactés, mais les courgettes et les haricots sont également touchés. "Les fruits ne se forment plus, et les salades deviennent invendables", confirme-t-il d'après les retours des producteurs, "quand une plante a trop chaud, elle arrête de produire".

Un modèle agricole menacé

Pour l'entrepreneur, la stupéfaction réside surtout dans l'absence de réactions vis-à-vis du secteur. "Ce qui se passe cet été, on va le vivre tout le temps, ça s'accélère. On récolte de 5 h à midi, il y a des rotations de poste, les agriculteurs ont travaillé sur la diversification… Les productions baissent, coûtent plus chères et le prix payé ne suit pas ! Et du côté des consommateurs, c'est la course à Leclerc, on veut à tout prix le moins cher ! Si on enlève tous les sodas et aliments transformés, bien manger ça ne coûte pas plus cher."

Si le modèle agricole continue ainsi, il est voué à mourir d'ici peu selon Nordine Arfaoui : "Vous voyez des jeunes s'installer sous la chaleur alors qu'ils savent qu'ils vont vendre à perte ? Comment va-t-on recruter des paysans demain si on continue comme ça ? C'est tragique, on a un des plus beaux métiers de France."

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale