Andrea Riccardi : l'Église face au « technocésarisme »
Andrea Riccardi : l'Église face au « technocésarisme »

Andrea Riccardi, historien et fondateur de la communauté Sant'Egidio, a prononcé une tribune remarquée dans Le Point du 12 mars 2025. Il y dénonce une dérive contemporaine qu'il nomme « technocésarisme » : un système où la technologie et la bureaucratie imposent leurs lois, au détriment des plus vulnérables. Face à cette mécanique impitoyable, l'Église doit, selon lui, incarner la figure du Bon Samaritain.

Le « technocésarisme » : une nouvelle forme de pouvoir

Riccardi définit le « technocésarisme » comme la fusion d'un pouvoir technocratique et d'une autorité absolue, qui décide sans considération humaine. Il observe que les décisions sont de plus en plus prises par des algorithmes et des procédures, loin des réalités du terrain. Ce système écrase les personnes âgées, les migrants, les malades, tous ceux qui ne rentrent pas dans les cases.

Il cite l'exemple des personnes âgées isolées, des sans-abri, ou encore des familles précarisées qui subissent des décisions administratives incompréhensibles. « Le technocésarisme ne voit pas les visages, il ne voit que des dossiers », écrit-il. Cette analyse rejoint les préoccupations de nombreux penseurs contemporains sur la déshumanisation de la société.

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L'Église, un recours pour les exclus

Pour Andrea Riccardi, l'Église ne doit pas se contenter de condamner ce système. Elle doit agir concrètement, à l'image du Bon Samaritain de l'Évangile qui s'arrête auprès du blessé sur le chemin de Jéricho. « L'Église est appelée à se pencher sur les exclus du technocésarisme », affirme-t-il. Il rappelle que la communauté Sant'Egidio, qu'il a fondée en 1968, œuvre déjà auprès des pauvres, des réfugiés et des malades, dans un esprit de proximité et d'écoute.

Cette vision s'oppose à une certaine tendance de l'institution à privilégier les structures et les discours. Riccardi plaide pour une Église « en sortie », proche des périphéries, comme le demande le pape François. Il souligne que la foi chrétienne doit se traduire par des gestes concrets de solidarité, et non par une simple adhésion doctrinale.

Un appel à la résistance spirituelle

Au-delà de l'action sociale, Andrea Riccardi invite à une résistance spirituelle face au « technocésarisme ». Il estime que la prière, la contemplation et la vie communautaire sont des antidotes à la froideur du système. « La spiritualité du Bon Samaritain est une arme contre l'indifférence », écrit-il.

Il en appelle également aux chrétiens pour qu'ils s'engagent dans la cité, non pour conquérir le pouvoir, mais pour témoigner d'une autre logique, fondée sur la gratuité et le don. Cette position rejoint les critiques adressées à la technocratie par d'autres intellectuels catholiques, comme le philosophe Fabrice Hadjadj.

Andrea Riccardi conclut en rappelant que l'Église a traversé bien des époques de domination : elle doit aujourd'hui faire preuve d'intelligence et de courage pour ne pas se laisser enfermer dans les catégories du monde moderne. « Le Bon Samaritain n'a pas demandé l'avis de la technologie pour sauver le blessé », ironise-t-il.

Cet appel intervient alors que la communauté Sant'Egidio multiplie les initiatives de paix et d'aide humanitaire, notamment en Méditerranée. Riccardi, qui a été ministre de la Coopération internationale en Italie, reste une voix écoutée dans le dialogue interreligieux. Sa tribune nourrit le débat sur la place de l'humain dans un monde de plus en plus numérisé.

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