La Rochelle face à la saturation de ses réseaux d'assainissement
Les cumuls pluviométriques exceptionnels qui s'abattent sur la région de La Rochelle mettent à rude épreuve les infrastructures d'écoulement des eaux pluviales et des eaux usées. L'Agglomération reconnaît désormais ouvertement que des rejets d'eaux non traitées dans le milieu naturel peuvent se produire, remettant en question l'efficacité du traitement des eaux usées avant leur dispersion dans les fossés, cours d'eau et zones maritimes.
Des dérivations actives pour limiter les dégâts
Selon la Communauté d'agglomération (CdA), seuls deux systèmes de by-pass (dérivations) sont actuellement en service à Jean-Moulin à La Rochelle et à Châtelaillon. Ces installations ne rejetteraient que des « eaux d'écrêtement », c'est-à-dire des eaux de surface qui, théoriquement, ne contiennent pas la matière organique problématique présente dans les eaux usées domestiques. « Tout est entrepris pour ne pas avoir à rejeter des eaux brutes. Pour l'heure, nous y parvenons », affirme David Baudon, maire de La Jarrie et conseiller communautaire délégué à l'assainissement.
Cette distinction technique ne convainc cependant pas tous les riverains. Christian Caillaud, habitant de la rue des Maraîchers à Lagord, constate depuis une semaine un tuyau reliant directement le réseau d'assainissement à une buse d'évacuation des eaux pluviales devant son domicile. Ce dispositif d'urgence a été installé après que les eaux usées ont débordé dans la rue, rendant toilettes et douches inutilisables dans une dizaine de foyers.
Un réseau d'assainissement sous pression
Le problème fondamental réside dans « d'importantes arrivées d'eaux claires parasites » qui s'infiltrent dans le réseau d'assainissement, comme l'explique David Baudon dans un courrier officiel. Les pluies persistantes ont saturé les terrains et les marais de l'agglomération, provoquant une remontée de la nappe phréatique qui vient baigner les conduites d'assainissement. Ces dernières, fissurées et poreuses par endroits, laissent alors s'infiltrer ces eaux parasites.
La situation est aggravée par certaines pratiques individuelles, comme le rejet dans les toilettes des eaux de pompage de caves, alors que ces eaux devraient être évacuées sur la voie publique ou dans les jardins. « Il n'est pas conçu pour être un exutoire des eaux pluviales », insiste l'élu.
Capacités épuratoires à leur limite
Guillaume Krabal, maire de Dompierre-sur-Mer et vice-président de la CdA, chargé de l'eau potable et de la gestion des eaux, confirme que « nous sommes en limite de capacité des pôles épuratoires ». Depuis septembre, 655 millimètres de pluie sont tombés sur la région, approchant dangereusement les records de l'automne 2023 qui avait déjà mis en difficulté le principal pôle épuratoire de Port-Neuf.
« Les agents de la CdA ont anticipé en ouvrant au maximum le système hydraulique à chaque marée, pour vider les marais », précise Guillaume Krabal. Malgré les investissements réalisés depuis les épisodes pluvieux de 2023, les autorités reconnaissent que face à de tels phénomènes naturels, la priorité reste la protection des biens et des personnes.
Vigilance accrue face à la montée des eaux
La situation demeure préoccupante avec des débordements déjà identifiés sur plusieurs cours d'eau et marais de l'agglomération : le Varaize à Clavette, le Go à Nieul-sur-Mer, la Sauzaie à Saint-Xandre, le Vivier à Périgny ainsi qu'à La Descenderie à Puilboreau et à Yves. Si le niveau des nappes phréatiques continue de grimper, les points bas de la rocade pourraient être touchés à leur tour.
L'épisode actuel rappelle douloureusement les difficultés de l'automne 2023 et souligne la vulnérabilité des infrastructures face aux aléas climatiques de plus en plus intenses. Les autorités locales maintiennent un état de vigilance maximal tandis que les habitants des zones concernées subissent les conséquences directes de cette saturation des réseaux.



