ABI 06 alerte sur l'engorgement de la filière textile à Nice
ABI 06 alerte sur l'engorgement de la filière textile

L'association ABI 06, qui collecte et trie les vêtements à Nice et à Cannes, lance un cri d'alarme. Sa directrice, Marianne Cotillard, appelle à un soutien public pour la collecte et à la reconnaissance de son rôle de centre de tri agréé. L'association, créée en 1994, est confrontée à des difficultés financières après trois exercices négatifs, et risque de fermer si la situation ne s'améliore pas.

Une filière étouffée par l'ultra fast fashion

ABI 06 gère un centre de tri à Contes et cinq boutiques solidaires à Nice et Cannes. Elle collecte les vêtements et accessoires déposés dans les 240 bornes de la Métropole de Nice et de la communauté de communes du Pays des Paillons. L'association emploie une cinquantaine de personnes en insertion par le travail, ce qui en fait un acteur clé du territoire.

Mais la filière est en souffrance. En juin 2026, Le Relais, la référence en France, a annoncé la suppression de 60 emplois et de 4 300 bornes. ABI 06 est dans la même difficulté économique. « Nous ne sommes pas là pour culpabiliser les gens, mais on peut trouver un équilibre », explique Marianne Cotillard.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un modèle économique fragilisé

L'association ne reçoit aucun soutien financier public. Elle se finance grâce à la vente en boutiques solidaires et à la revente aux recycleurs. L'éco-organisme Refashion, mandaté par l'État pour organiser la filière, ne soutient pas la collecte. « Ils mettent en place des financements mais seulement pour des projets de grande ampleur, semi-industriels et innovants. Ils ne font pas de soutien à la collecte et à l'heure actuelle, il y a le besoin urgent d'un soutien financier à la collecte », déplore la directrice.

Les coûts de fonctionnement ont explosé, notamment avec les carburants. Depuis deux ans, les recycleurs reprennent à zéro tout le linge recyclé. Le textile non trié n'est repris qu'à quelques centimes. « Nous payons une matière avec les coûts de la collecte mais elle repart de chez nous à zéro. Le modèle n'est plus bon », ajoute-t-elle.

Une qualité en baisse et des incivilités

ABI 06 collecte 1 100 tonnes de vêtements par an, mais la qualité des dons se dégrade. « On a des choses de très mauvaise qualité. On a même du Shein qui arrive encore emballé et même pas porté », constate Marianne Cotillard. La composition des vêtements de l'ultra fast fashion ne respecte pas les normes de recyclage, ce qui les rend inutilisables.

La baisse de qualité entraîne une diminution des recettes en boutique. L'association subit aussi des vols et des dégradations quotidiennes. « Tous les jours, on nous casse les cadenas. Pour voler ce qu'il y a à l'intérieur », rapporte la directrice. Un phénomène nouveau est apparu : les voleurs cassent le cadenas et en mettent un autre pour vider la borne plus tard. Des objets volés, comme des papiers d'identité, sont parfois retrouvés dans les bornes.

Marianne Cotillard appelle à un soutien public pour la collecte et à la reconnaissance de l'association comme centre de tri agréé. Elle insiste sur l'importance du circuit-court : « ici on collecte sur le secteur et on revend ici ». L'avenir d'ABI 06 dépend de cette reconnaissance et d'un rééquilibrage du modèle économique.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale