Elle a beau mesurer à peine plus d’un millimètre, elle a déclenché un véritable branle-bas de combat dans le Var. Observée pour la première fois en France à Toulon en 2022, la fourmi électrique se répand. En 2024, un deuxième foyer a été identifié à La Croix-Valmer, puis, il y a quelques semaines, à Cavalaire. En France, la Wasmannia auropunctata – nom scientifique de la fourmi électrique – n’est présente que dans le Var, à Toulon, La Croix-Valmer et, depuis peu, à Cavalaire.
Pour éviter que cette espèce exotique envahissante, déclarée « très préoccupante » par l’Union européenne, et jusqu’ici circonscrite à moins d’une dizaine d’hectares, ne se propage davantage, les services de l’État prennent des mesures inédites. Après une première dérogation permettant d’utiliser un produit australien réglementé dans l’UE – le Campaign© Ant Bait – via des boîtes distributrices, une seconde autorise désormais à le saupoudrer pour plus d’efficacité.
« On peut viser l’éradication »
Une première européenne que constate Monique Barbut, la ministre de la Transition écologique ce vendredi 22 mai. « Il faut frapper vite et fort ! » Dans les quatre hectares de parc d’une résidence toulonnaise en surplomb de la Méditerranée, elle assiste au premier épandage. Benjamin Michault, coordinateur du projet mené par la Fredon Paca, opérateur technique, s’y emploie sous l’œil expert de Luc Gomel, spécialiste de l’université Paul-Valéry à Montpellier, et Olivier Blight, enseignant chercheur de l’université d’Avignon.
« Il n’existe pas de lutte biologique, rappelle Hermence Forgeat, directrice de Fredon Paca, il faut donc en passer par ce biocide. » Un produit « pas anodin », reconnaît la ministre, avant de rassurer : « Nous suivons scrupuleusement les spécifications de l’Agence nationale de sécurité sanitaire. »
Enjeux de biodiversité et sanitaires
La responsable de Fredon Paca précise d’ailleurs que « les études de l’Anses ne mentionnent pas de contrindication affirmée sur l’humain », qu’« il faut un kilogramme de produit pour un animal de dix kilogrammes » pour qu’il en subisse des effets. Ce vendredi, Benjamin Michault dissémine cinquante grammes de Campaign© sur une parcelle de cent mètres carrés. Autant dire que les risques sont réduits.
Les effets de la fourmi électrique, eux, sont délétères. « Elle a un impact sur la biodiversité, reprend Hermence Forgeat, car elle colonise les espaces et les ressources. » L’enjeu, souligne-t-elle, est aussi de santé publique : « Les piqûres sont très douloureuses, voire intolérables pour les personnes, et peuvent causer des dégâts, notamment au niveau oculaire, pour les animaux de compagnie. »
« Qu’elles ne rentrent plus »
La problématique peut aussi se révéler économique. « D’abord sur le tourisme, mais aussi pour l’agriculture : dans les pays où il y a de grandes colonies, il devient extrêmement compliqué d’aller sur le terrain, pour les récoltes par exemple. »
« L’idée, indique à son tour Monique Barbut, c’est de traiter les trois foyers de façon massive pour que cette fourmi électrique n’envahisse pas le reste de la France : on n’a pas envie de revivre le cauchemar du frelon asiatique. » Mais la ministre prévient : « Nous sommes le premier pays européen à prendre de vraies mesures : il faut absolument que les ministres européens se concertent pour faire en sorte que ces fourmis ne rentrent plus. Sinon, on aura beau avoir traité nos trois foyers, il faudra tout recommencer si une nouvelle importation se produit. »
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