Séismes en Amérique latine : un sismologue explique la série noire
Séismes en Amérique latine : un sismologue explique

En moins de deux mois, l'Amérique latine a subi une série de séismes dévastateurs, faisant des milliers de victimes. Le 24 juin, deux secousses de magnitude 7,2 et 7,5 sur l'échelle de Richter, espacées de 39 secondes, ont frappé le nord du Venezuela, causant la mort de plus de 6 300 personnes. Puis, le 10 août, la Colombie a été secouée par un séisme de magnitude 7,4, avec un bilan humain déjà lourd de 265 morts. Jean-Paul Montagner, sismologue à l'Institut de physique du globe de Paris, a expliqué à Midi Libre les raisons de cette vulnérabilité.

Une région située sur la Ceinture de feu du Pacifique

Toute l'Amérique du Sud fait partie de la "Ceinture de feu du Pacifique", une zone qui coïncide avec les limites de plusieurs plaques tectoniques et qui concentre 90 % des tremblements de terre de la planète. Selon Jean-Paul Montagner, toute la côte sud-américaine est soumise à des phénomènes de subduction, lorsqu'une plaque tectonique s'enfonce sous une autre plaque plus légère, et elle est donc sujette à une quantité de tremblements de terre absolument incroyable. C'est d'ailleurs au Chili qu'a eu lieu le plus gros tremblement de terre jamais enregistré, en 1960, avec une magnitude de 9,5.

Un lien possible mais non établi entre les séismes du Venezuela et de la Colombie

Le séisme qui a meurtri le Venezuela a-t-il pu déclencher celui de la Colombie ? Jean-Paul Montagner nuance : la Colombie est sujette à la subduction de la plaque Nazca sous la plaque sud-américaine, un phénomène qui a provoqué le séisme du 10 août. Mais la partie nord-est du pays se trouve également sur la frontière de la plaque caraïbe, responsable du tremblement de terre du Venezuela. Il y a donc un lien géologique, mais le sismologue précise : "J'aurais tendance à penser qu'il n'y a pas de rapport entre ces deux séismes. Il ne faut pas oublier qu'il y a une grande distance entre ces deux plaques, c'est comme si vous me demandiez s'il y avait un lien entre le séisme de Kumamoto, au Japon, et celui de Colombie !" Il ajoute que la tectonique des plaques reste un système global, donc ce qui s'est passé au Venezuela peut avoir une petite influence sur ce qui a eu lieu en Colombie, mais la relation de cause à effet n'est pas du tout établie.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Deux types de séismes différents

Les deux séismes étaient de types différents. Pour la Colombie, il s'agissait d'un séisme de subduction, avec l'interface entre la plaque plongeante Nazca et le continent sud-américain, à une profondeur dite "intermédiaire", environ 100 km. Dans le cas du Venezuela, c'était plutôt un problème de coulissage, lorsque deux plaques tectoniques glissent horizontalement l'une contre l'autre le long d'une faille.

Prédire les séismes : le "où" oui, le "quand" non

La science a fait d'énormes progrès pour prévoir non pas le moment où ces séismes vont se produire, mais les lieux où ils vont se créer. Depuis les séismes de San Francisco et Valparaíso en 1906, les chercheurs ont réalisé que ces secousses étaient liées à un système de failles. Avec la découverte de la tectonique des plaques, ils ont compris que les secousses se produisaient presque toujours à la frontière entre les plaques. Résultat : ils ont pu cartographier ces zones et évaluer leur potentiel sismogénique. Pour ce qui est du "quand", les sismologues sont capables de prédire les tremblements de terre à une échelle qu'il appelle "du siècle", en connaissant à peu près les temps de récurrence, même s'ils sont très variables. En revanche, prédire un tremblement de terre à l'échelle de temps de la société civile, soit moins d'une semaine, ils en sont absolument incapables pour l'instant.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Une fréquence de séismes pas exceptionnelle, mais des dégâts importants

L'actualité donne le sentiment qu'il y a eu un nombre plus élevé de séismes que d'habitude, mais Jean-Paul Montagner vérifie : globalement, il y a un séisme de magnitude 8 par an et un de magnitude 7 toutes les trois semaines environ. Ces derniers mois sont peut-être un peu au-dessus de la moyenne, mais à peine. Ce qui donne la sensation que ces tremblements de terre se sont produits à une fréquence plus élevée, c'est qu'ils ont tous frappé des zones habitées avec des infrastructures qui ne pouvaient pas encaisser de telles secousses et ont fait des morts. C'est pour cela qu'ils ont marqué les esprits.