Sécheresse en Bretagne : l'irrigation systématique pointée du doigt
Sécheresse en Bretagne : l'irrigation remise en cause

Alors que la Bretagne subit une sécheresse historique, des scientifiques alertent sur les limites de l'irrigation systématique, qualifiée de « maladaptation » au changement climatique. Selon une étude publiée dans la revue Nature Water, cette pratique aggrave la pression sur les ressources en eau et pourrait compromettre l'avenir de l'agriculture régionale.

Une pratique remise en cause par les chercheurs

Des chercheurs de l'INRAE et du CNRS ont analysé les données hydrologiques de la région sur les trente dernières années. Leurs conclusions sont sans appel : l'irrigation systématique, qui consiste à arroser de manière intensive les cultures, ne fait qu'accroître la vulnérabilité du territoire. « Nous assistons à une maladaptation, c'est-à-dire une stratégie qui, à court terme, semble efficace, mais qui, à long terme, aggrave les effets du changement climatique », explique Anne-Laurence Doyen, co-autrice de l'étude.

Les chercheurs soulignent que les nappes phréatiques bretonnes, déjà fragilisées par des étés de plus en plus secs, ne se rechargent plus suffisamment. L'irrigation massive puise dans ces réserves, créant un cercle vicieux. En 2022, la région a connu un déficit de pluviométrie de 30 % par rapport à la normale, et les projections indiquent une tendance à la hausse des températures et à la baisse des précipitations estivales.

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Des impacts concrets sur la ressource en eau

L'étude chiffre l'impact de l'irrigation : elle représente environ 20 % des prélèvements d'eau en Bretagne, mais ce pourcentage atteint 80 % pendant les mois d'été. Cette concentration saisonnière met en péril l'équilibre des écosystèmes aquatiques. Les débits des cours d'eau chutent de manière alarmante, menaçant la biodiversité et les activités humaines en aval.

Les scientifiques préconisent une refonte des politiques d'irrigation. Ils recommandent de privilégier des cultures moins gourmandes en eau, d'optimiser les systèmes d'irrigation (goutte-à-goutte, pilotage par capteurs) et de développer des retenues d'eau alternatives, mais à condition qu'elles soient remplies en hiver pour éviter les prélèvements estivaux. « Il faut sortir d'une logique de toujours plus d'irrigation pour entrer dans une logique de sobriété et d'adaptation », insiste Anne-Laurence Doyen.

Des agriculteurs partagés

Du côté des agriculteurs, les avis sont partagés. Certains, comme Jean-Yves Le Goff, producteur de maïs dans le Finistère, estiment que l'irrigation est indispensable pour maintenir leurs rendements. « Sans irrigation, on perdrait une grande partie de nos récoltes. C'est une question de survie économique », témoigne-t-il. D'autres, plus rares, commencent à remettre en question leurs pratiques et explorent des alternatives comme l'agroforesterie ou les variétés résistantes à la sécheresse.

Les pouvoirs publics sont interpellés. Les syndicats agricoles demandent des aides pour moderniser les équipements, tandis que les associations environnementales réclament une régulation plus stricte des prélèvements. La préfecture de région a annoncé la mise en place d'un comité de suivi de la ressource en eau, mais aucune mesure contraignante n'a été prise pour l'instant.

Vers une nécessaire transition

L'étude conclut que la Bretagne doit anticiper une réduction de 20 à 30 % de la disponibilité en eau d'ici 2050. Les auteurs appellent à une planification territoriale intégrée, associant agriculteurs, collectivités et citoyens. « L'eau est un bien commun, il faut la gérer collectivement et non individuellement », affirme Anne-Laurence Doyen. En attendant, la sécheresse de 2026 rappelle l'urgence d'agir : les restrictions d'eau ont déjà été imposées dans plusieurs départements bretons, et les nappes restent à des niveaux historiquement bas. La transition vers une agriculture résiliente n'est plus une option, mais une nécessité.

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