Nuits tropicales : record de chaleur nocturne en France
Record de chaleur nocturne : nuits tropicales en France

Un sommeil fragmenté, des réveils en sueur et de la fatigue qui s'accumule : voilà le coût des nuits tropicales. Alors que 90 % de la population française est exposée à des chaleurs extrêmes et exceptionnelles, les nuits sont aussi une épreuve pour les organismes. « Quand il fait trop chaud dehors, l'organisme n'arrive plus à descendre en température interne, cela baisse la qualité du sommeil lent et crée beaucoup plus de microréveils », explique Armelle Rancillac, neurobiologiste et spécialiste du sommeil à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Record de chaleur nocturne

Avec un indice thermique national à 21,6°C, la nuit de lundi à mardi a été la plus chaude jamais enregistrée en France depuis le début des mesures en 1947, selon Météo-France. En Île-de-France, la température moyenne nocturne a atteint 25°C en moyenne. À Poitiers, Cholet ou Rennes, la température n'est pas tombée en dessous de 26°C, alors que la température idéale pour dormir est autour de 18°C. Ces « nuits chaudes » ont concerné la moitié du pays et se poursuivront jusqu'à la fin de la semaine.

Le sommeil, « une fonction vitale », mise à mal

En raison du réchauffement climatique, elles vont devenir plus fréquentes, rappelle Météo-France. Sur la période 1976-2005, 2 nuits chaudes par an ont été observées. Dans une France réchauffée à +2°C, les simulations prévoient 7 nuits chaudes par an, 12 nuits dans une France à +2,7°C en 2050 et 24 nuits à +4°C en 2100.

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Cette chaleur nocturne affecte toute une série de fonctions vitales assurées par le sommeil, qui sert à rééquilibrer notre organisme en temps normal. Sont ainsi concernées la mémorisation, les défenses immunitaires, le métabolisme, le nettoyage du cerveau, liste Armelle Rancillac. « Toutes ces fonctions vont être interrompues à chaque microréveil, qui stoppe le processus. Il faudrait dormir plus longtemps pour compenser le manque de qualité de sommeil. »

Des nuits chaudes d'intensité variée

La neurobiologiste précise qu'il existe « une relation très étroite entre la régulation de la température corporelle et le sommeil. Les mêmes neurones vont réguler ces deux grands mécanismes. » Pour pouvoir bien dormir, pas de miracle : il faut faire descendre la température interne, chose qui n'est pas aisée quand il fait trop chaud à l'extérieur.

Que ce soit en ville ou à la campagne, toute la France peut être concernée par les nuits tropicales, néanmoins on ne les vit pas de la même manière. « C'est la masse d'air qui détermine globalement le niveau des minimales, indique François Jobard, mais il est clair que les stations urbaines, par le biais des îlots de chaleur urbains, ont, à masse d'air égale, des températures minimales nettement plus élevées. »

En Espagne, une gradation existe pour nommer ces seuils : la nuit tropicale commence à 20°C, la nuit chaude à 25°C, et la nuit torride à 30°C. « Cette canicule très intense montre qu'on a affaire à plusieurs types de nuits chaudes, poursuit le météorologue, une minimale à 20°C ou 21°C est plus enviable qu'une minimale à 25°C ou 26°C comme dans les grands centres urbains. »

Une adaptation qui demande du temps

Plus les nuits chaudes se répètent, plus les conséquences sur notre organisme s'aggravent. « Si on ne dort pas assez, le déséquilibre va avoir tendance à perdurer et peut avoir des impacts importants à court terme et dramatiques sur le long terme » en favorisant le développement d'un diabète de type 2, de maladies neurodégénératives, de troubles cardiovasculaires ou de dépression, complète la neurobiologiste.

Pourtant, dans les pays au climat tropical, les nuits à plus de 20°C existent aussi. Or, les habitants ne semblent pas souffrir outre mesure de ces chaleurs nocturnes. « Le corps humain est assez phénoménal, il arrive - dans une certaine mesure - à s'adapter aux conditions externes, souligne Armelle Rancillac. Pour s'adapter à une température tropicale, cela demande entre une et deux semaines en fonction des gens. » En France, les pics durent une semaine environ et ne sont pas une constante.

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Un dernier facteur rend nos nuits irrespirables : la période dans laquelle nous sommes, autour du solstice d'été. Les nuits sont plus courtes, et, « de ce fait, la durée de rafraîchissement nocturne est très limitée », précise François Jobard. Aller dormir dans la forêt (ou dans les parcs) est peut-être la solution pour les plus désespérés, habitant dans des bouilloires thermiques. La différence est frappante : à Paris, la température minimale cette nuit était de 24,2°C contre 19°C dans la forêt de Fontainebleau. « Cela reste très élevé pour Fontainebleau, station qui a souvent les nuits les plus fraîches d'Île-de-France avec 11°C en moyenne », nuance toutefois le chercheur. Une température qui fait rêver ces jours-ci.