Les plages de demain dans l'Hérault n'auront rien à voir avec celles d'aujourd'hui. C'est le constat alarmant dressé par le géographe Stéphan Arnassant dans le cadre de la série « L'été ici en 2100 » de Midi Libre. Selon lui, l'érosion côtière et la montée des eaux vont radicalement transformer le littoral, avec des conséquences directes sur l'économie balnéaire et l'urbanisme.
Un avenir incertain pour les stations balnéaires
Le géographe Stéphan Arnassant alerte sur les limites des solutions actuelles : « Les gens disent sur le littoral "On aura juste à reculer nos villes", mais là où on a endigué, l'érosion se faisant devant la digue, on n'aura pas de plage, explique-t-il. Notre littoral basé sur l'économie balnéaire aura moins d'intérêt. On aura des plages de plus en plus réduites et autant de gens qui voudront en profiter. »
Il propose une solution à moyen terme, mais lourde de conséquences : « On peut dire qu'on supprime 100 ou 200 mètres de zone urbanisée et qu'on nettoie le terrain que la mer devrait aménager seule avec une plage comme cela fonctionne dans les secteurs naturels en recul, mais il faut que ce soit plat et naturel, non bétonné. »
Ces choix radicaux restent difficiles à envisager pour les élus locaux. À Palavas-les-Flots, coincée entre la mer et l'étang, la situation est particulièrement critique. Le village pourrait même, à longue échéance, être englouti sous les eaux. Pourtant, Nicolas Gauthier, patron de l'agence Direct Immo sur le littoral héraultais, se veut confiant : « Je ne suis pas du tout inquiet. Je viens même d'acheter pour moi sur l'avenue Saint-Maurice (la rue qui longe la mer à Palavas, Ndlr). On ne va pas laisser monter la mer sur nos stations balnéaires, on ne va pas la laisser grignoter, il y a des moyens d'agir contre ça. »
Des communes face à des choix déchirants
Nicolas Gauthier reconnaît que les budgets doivent suivre, mais il préfère jouer la carte de l'optimisme : « À l'heure où on imagine de coloniser l'espace, on ne serait pas capable de préserver nos stations ? Les pouvoirs publics ne laisseront pas faire ça ! »
À Frontignan, le lido devrait avoir disparu d'ici cent ans. Il ne resterait des Aresquiers qu'une bande de sable avançant vers les terres et rognant l'étang. Tandis que l'étang lui-même aurait rogné sur le bois. Le pont et son feu rouge, qui surplombent le canal, atterriront dans l'eau ou sur le sable.
La loi Climat et résilience, votée en 2021, s'appuie sur le bon vouloir des communes littorales de prendre le dossier à bras-le-corps. Mais selon Stéphan Arnassant, « elle n'est pas à la hauteur des enjeux dantesques à long terme ». Il salue l'idée de l'ex-Premier ministre Bernard Cazeneuve de créer une Datar de la résilience climatique, rappelant que la Datar (Direction à l'aménagement du territoire et à l'action régionale, créée en 1963) est « morte avec la décentralisation ».
Un manque d'anticipation et des conséquences financières
Un fonctionnaire territorial héraultais, sous couvert d'anonymat, dénonce le manque d'anticipation : « Ce n'est anticipé par personne, parce qu'un élu, même sensibilisé à ces questions, pense à sa réélection et pas aux cinquante ans qui viennent. Il voit à courte vue, c'est humain. Il se dit "Pourquoi je prendrais ce sujet en main, il me fera perdre les élections". Ce sera le travail de trois ou quatre maires après lui. »
Le futur fera sûrement beaucoup de déçus : s'ils sont expropriés, les propriétaires ne seront pas indemnisés au prix du marché. Des innovations techniques sont possibles pour parer à la montée des eaux (comme la création de mangroves artificielles), mais elles coûtent cher. Au loto des chantiers gigantesques, il n'y en aura sûrement pas pour tout le monde, d'autant plus si les finances publiques continuent à se raréfier.
Enfin, la question des assurances, dans des zones à risque, ne sera pas une mince affaire. Dans l'Hérault, Vias et Portiragnes sont déjà soumis à des conséquences directes. « Les campings ont déjà dû reculer leurs linéaires de front de mer et le risque c'est que le pronostic vital de la filière soit engagé », observe le directeur de l'office de tourisme Cap d'Agde Méditerranée.
Ailleurs, parfois, au contraire de l'érosion, c'est l'accrétion qui gagne, c'est-à-dire un ensablement qui provoque l'avancée du rivage vers la mer. C'est le cas pour Agde de certaines plages plus chanceuses que d'autres, comme la Roquille et Richelieu. La série se poursuivra avec un exemple des enjeux à venir à l'échelle de Sète agglopôle Méditerranée.



