Comme à l’époque du Covid, les théories conspirationnistes sont de retour depuis la détection de cas de hantavirus. Voici quelques pistes pour ne pas se laisser happer.
« Théorie du complot » vs « vrai » complot
« Comme l’a souligné de manière un peu cruelle le neuropsychologue Sébastien Dieguez, aucun complotiste n’a jamais découvert de vrai complot », assène Pascal Wagner, psychologue et co-auteur du livre « Je ne suis pas complotiste, mais… ». C’est même plutôt l’inverse. Une étude de 2022 a démontré que les personnes les plus enclines à croire aux théories du complot ont tendance à moins reconnaître de véritables scandales politiques et économiques.
Et pour cause, là où les enquêteurs (forces de l’ordre, journalistes, lanceurs d’alerte…) mettent au jour de vrais complots (industrie du tabac, Watergate…) en menant des enquêtes de terrain et en recueillant des preuves directes (aveux, documents officiels…), les complotistes, eux, se documentent derrière un écran en consultant des sites alternatifs où l’information n’est pas vérifiée, voire volontairement fausse. Pour bien comprendre ce qui différencie les théories du complot des vrais complots, Pascal Wagner recommande la vidéo « Complots et conspirations : apprends à reconnaître les vrais des faux » de l’agence de journalisme indépendante Premières Lignes.
« C’est bizarre », « coïncidences… ? »
« Quand vous entendez quelqu’un évoquer des détails louches au premier abord ou que surgissent les phrases “C’est bizarre…” ou “Coïncidence… ?”, vous avez probablement affaire à une théorie du complot », décrypte Pascal Wagner. Car l’une des caractéristiques principales de ces théories est qu’elles se focalisent sur des « données erratiques », des coïncidences qui paraissent troublantes au premier abord mais qui ont en réalité une explication simple et rationnelle.
« Dans l’affaire Epstein, par exemple, les caméras de surveillance ne fonctionnaient pas au moment où il s’est suicidé, illustre Pascal Wagner. C’est vrai que c’est bizarre, et notre cerveau va avoir tendance à aller directement vers la théorie du complot et de l’assassinat. Sauf que l’on sait que ces caméras étaient en fait tout le temps en panne. Rien d’exceptionnel, donc. » C’est le principe du rasoir d’Ockham, qui consiste à toujours privilégier l’explication la plus simple et la plus plausible jusqu’à preuve du contraire.
Se fier au « consensus scientifique »
Pour échapper aux théories conspirationnistes, Pascal Wagner recommande de se renseigner en premier lieu auprès des spécialistes. « Mais pas un seul, parce qu’il y aura toujours des gens qui diront tout et n’importe quoi pour attirer l’attention. Il vaut mieux se fier à l’avis majoritaire, au consensus scientifique. » Et dans le cas de l’hantavirus, « si on regarde la majorité des épidémiologistes, ils nous disent : “Oui, il faut faire attention, mais ce ne sera probablement pas une pandémie aussi grave que le Covid, notamment parce que le virus se transmet beaucoup moins facilement”, et leur avis est le meilleur que l’on puisse avoir ».



