Hantavirus : un premier foyer sur un navire de croisière inquiète l'OMS
Hantavirus : premier foyer sur un navire de croisière

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment fait état d’une situation sanitaire préoccupante : un possible foyer d’infection à hantavirus s’est déclaré à bord du navire de croisière MV Hondius, naviguant dans l’Atlantique. À ce jour, un cas a été formellement confirmé en laboratoire et cinq autres demeurent suspectés. Trois personnes sont décédées et un patient est toujours pris en charge en soins intensifs en Afrique du Sud. Des investigations épidémiologiques et des opérations de séquençage du virus sont en cours pour faire la lumière sur cet événement dramatique. Pour mieux comprendre la nature de cette famille de virus, leurs modes de transmission et les risques réels d’épidémie, nous avons posé nos questions à Anne Lavergne, spécialiste de ces virus à l’Institut Pasteur.

Un phénomène surprenant ?

Le Point : Des cas d’hantavirus sur un bateau de croisière, est-ce un phénomène surprenant ? Anne Lavergne : À ma connaissance, c’est la première fois que nous observons un foyer d’hantavirus sur un navire de croisière. Mais le virus en cause n’est pas un inconnu. Il s’agit du virus Andes, retrouvé en Argentine. C’est un élément fondamental pour comprendre ce cluster potentiel, car cet hantavirus est le seul connu pour lequel une transmission interhumaine a pu être décrite. Cependant, il ne faut pas céder à la psychose, car cette transmission de personne à personne reste un épiphénomène qui nécessite des contacts extrêmement étroits. On ne se contamine pas simplement en croisant quelqu’un de malade dans un couloir. La transmission survient dans des cadres confinés, intrafamiliaux ou intradomiciliaires, entre personnes qui partagent des activités quotidiennes ou dorment ensemble.

Mode de transmission habituel

Si la transmission interhumaine est si rare, comment s’infecte-t-on habituellement ? Les hantavirus se transmettent à l’être humain par l’intermédiaire de rongeurs sauvages infectés, comme les campagnols en France ou les rats. Dans la nature, chaque souche d’hantavirus est hébergée par une espèce spécifique de rongeur, qui constitue son réservoir naturel. Ces animaux infectés excrètent le virus dans leur salive, leur urine et leurs excréments. Une morsure, le contact direct avec des déjections ou l’inhalation de poussières contaminées peuvent provoquer une infection chez l’homme.

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Types d'hantavirus et symptômes

Existe-t-il différents types d’hantavirus et quels en sont les symptômes ? Oui, il existe de nombreuses espèces d’hantavirus à travers le monde, que l’on peut diviser en deux grandes familles. Dans tous les cas, l’infection débute, après une période d’incubation d’environ quinze jours, par des symptômes d’apparence grippale : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires ou abdominales, diarrhées ou vomissements. Ensuite, dans les cas sévères, le système immunitaire s’emballe de façon violente, entraînant des défaillances d’organes. La première famille regroupe les hantavirus d’Europe et d’Asie. Historiquement découverts pendant la guerre de Corée, près de la rivière Hantaan, ils provoquent des fièvres hémorragiques avec syndrome rénal. La létalité de ces souches est d’environ 15 à 20 %. La seconde famille comprend les hantavirus du continent américain — nord et sud —, identifiés plus récemment. Ces virus s’attaquent principalement aux poumons et provoquent un syndrome cardiopulmonaire sévère, avec de graves détresses respiratoires. La létalité atteint 30 à 50 % dans les cas sévères.

Risque d'explosion des cas

Faut-il craindre une explosion des cas, comme on le voit avec les maladies transmises par les moustiques ? Non, pas du tout. La dynamique est complètement différente. Avec les arbovirus (comme la dengue ou le virus Zika), le réchauffement climatique permet aux moustiques vecteurs d’envahir de nouveaux territoires et d’y apporter la maladie. Les hantavirus, eux, dépendent exclusivement de la distribution géographique de leurs rongeurs réservoirs, dont la dispersion est beaucoup plus limitée. C’est pour cela que la maladie reste rare.

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Situation en France métropolitaine

Quelle est la situation en France métropolitaine ? En France, le virus Puumala est le principal responsable de la fièvre hémorragique à syndrome rénal. Ce virus, connu depuis les années 1980, est porté par le campagnol roussâtre. Ce rongeur vit dans les forêts et leurs lisières, mais fréquente aussi parfois les habitations voisines. Si ce rongeur est répandu dans toute la France (sauf près de la Méditerranée), la maladie ne se manifeste généralement que dans le quart nord-est du pays, où des épidémies locales surviennent régulièrement.

Prévention et traitements

Comment peut-on se protéger et existe-t-il des traitements ? Malheureusement, il n’y a pour l’heure ni vaccin, ni traitement antiviral spécifique contre les hantavirus. À l’hôpital, la prise en charge se limite au support médical des organes défaillants (comme la ventilation pour les détresses respiratoires), en espérant que le patient parvienne à surmonter l’infection. La meilleure arme reste donc la prévention par des gestes d’hygiène de base. Si vous devez ranger ou vider un local longtemps inhabité (grenier, cave, abri de jardin) où se trouvent des déjections de rongeurs, c’est une bonne idée de porter un masque. Ne prenez jamais un balai à sec, car vous risquez de mettre la poussière infectée en suspension dans l’air. La bonne méthode consiste à asperger au préalable la zone avec de l’eau de Javel pour fixer et désinfecter les particules, puis à ramasser les excréments en portant des gants.