Selon un classement récent de la plateforme de réservation de vacances Holidu, Fréjus est la ville française de plus de 10 000 habitants la plus ensoleillée, avec 266,25 heures de soleil par mois. Saint-Raphaël suit en deuxième position avec 266,21 heures mensuelles. Les municipalités se réjouissent de cette distinction, mais la méthodologie de l'étude est difficile à vérifier, et le changement climatique pourrait redéfinir l'attractivité touristique de la région.
Un classement contesté
Le classement de Holidu mérite d'être pris avec prudence. Aucun lien direct vers l'étude n'est disponible, et celle-ci n'est plus accessible sur le site de Holidu. La méthodologie employée est donc invérifiable. L'étude se serait basée sur des données de World Weather Online, dont la fiabilité est critiquée par certains utilisateurs. De plus, les stations météo de Fréjus et Saint-Raphaël n'enregistrent pas de mesures d'insolation selon Météo-France. D'autres classements en ligne, utilisant des données différentes, ne placent pas ces villes en tête.
Un soleil ambivalent face au climat
Malgré ces réserves, l'Est-Var fait partie des régions les plus ensoleillées de France métropolitaine. Cependant, ce soleil est aussi source d'inquiétude avec le réchauffement climatique. Les projections de Météo-France pour 2050 indiquent une augmentation de la température moyenne de 2,6 °C en été et de 2,1 °C en hiver par rapport à 1976-2005. Les étés seraient plus chauds et plus secs, avec environ 4 jours par an au-delà de 35 °C, contre presque aucun auparavant. Les jours de sécheresse des sols passeraient de 101 à environ 130 jours par an. Les pluies estivales diminueraient de 10 %, tandis que les précipitations hivernales augmenteraient de 19 %. Le risque de feu de forêt progresserait, et le niveau de la mer pourrait monter d'environ 24 centimètres d'ici 2050.
L'attractivité touristique en mutation
Ces évolutions pourraient affecter le tourisme. Selon un baromètre Veolia de 2024, « 64 % des habitants de la Région redoutent une dégradation de l'activité économique et touristique locale à cause du manque d'eau, des épisodes de canicules et de la montée du niveau de la mer ». Le Centre de ressources pour l'adaptation au changement climatique (Cracc) constate en 2023 que le changement climatique modifie les habitudes des vacanciers. Les régions du sud restent fréquentées, mais on observe un allongement de la période touristique en Paca, avec une hausse significative en avril, mai, juin, septembre et octobre. De nouveaux territoires gagnent en attractivité, comme l'arc littoral Atlantique et la Manche, qui ont vu leur fréquentation progresser depuis 2019.
Par ailleurs, une étude 2026 de Leboncoin immo indique que « 18 % des habitants de PACA envisagent sérieusement de partir », contre 8 % en Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes et Centre-Val de Loire, et seulement 1,3 % en Bretagne. Le Groupe régional d'experts sur le climat (Grec-Sud) nuance ces chiffres : la façade atlantique pourrait bénéficier de la redistribution touristique, mais cela ne signifie pas une perte d'attractivité pour le littoral de la région Paca, qui pourrait même voir sa fréquentation augmenter au détriment des pôles urbains ou de l'arrière-pays. Le Grec-Sud estime que la hausse des températures pourrait favoriser la désaisonnalisation de l'activité touristique sur le littoral.
Une vision optimiste pour l'avenir
Le président de l'agglomération Estérel Côte d'Azur, Frédéric Masquelier, se montre optimiste : « Nous avons un ensoleillement 35 % supérieur à la moyenne nationale. C'est quelque chose de bénéfique pour notre territoire. Qu'il s'agisse du moral et la qualité de vie des habitants ou de l'attractivité touristique. D'autant qu'il ne faut pas lier trop vite l'ensoleillement et les canicules que nous subissons. De même que notre territoire ne connaît pas de stress hydrique important alors que cela peut être le cas et de façon contre-intuitive dans certains endroits en Bretagne. »
Il ajoute que « cet ensoleillement doit s'accompagner de réflexions. Sur les investissements permettant d'exploiter l'énergie solaire, sur l'aménagement d'îlots de fraîcheur et d'espaces pour les personnes fragiles. Il s'agit aussi, durant la période estivale durant laquelle le risque incendie est décuplé, de renforcer notre vigilance. Mais sur le plan du tourisme, je pense que c'est une chance pour le développement des ailes de saison, pour peu que l'on diversifie l'offre touristique en dehors de la plage. »
Fréjus et Saint-Raphaël peuvent donc savourer leur doublé, mais le défi des prochaines décennies sera de démontrer que ces villes savent s'adapter pour continuer à vivre avec un soleil parfois trop présent.



