Feria de Béziers 2026 : régie municipale ou privé, le débat
Feria de Béziers : régie ou privé, le débat

Les arènes de Béziers, comme celles de Nîmes et d'Arles, sont les seules en France à être gérées par des organisateurs privés. Alors que ces trois places rencontrent des difficultés financières, des voix s'élèvent pour réclamer un passage en régie municipale, un modèle dominant dans le Sud-Ouest. Ce débat, relancé à l'approche de la Feria 2026, oppose les partisans d'une gestion publique, qui mettent en avant des avantages fiscaux et une plus grande implication des aficionados, aux défenseurs du secteur privé, qui soulignent les risques politiques et financiers d'une telle transition.

Une exception française : trois arènes privées en difficulté

En France, deux modes de gestion cohabitent pour l'organisation des spectacles taurins : la gestion publique (régies municipales ou associations loi 1901 proches des mairies) et les impresarios privés. Dans le Sud-Ouest, les trois arènes majeures (Dax, Bayonne et Mont-de-Marsan) ont opté pour des régies, tandis que les plus petites structures s'appuient sur des comités des fêtes ou des associations. En revanche, Nîmes et Arles (en délégation de service public, DSP) ainsi que Béziers (via un bail avec les propriétaires des arènes) confient leur organisation à des producteurs privés. Cette spécificité est au cœur des difficultés économiques actuelles.

Certains acteurs militent pour un passage en régie municipale, avançant deux arguments clés : l'exonération de TVA et une implication accrue des clubs taurins dans la programmation. Robert Ménard, maire de Béziers, avait d'ailleurs évoqué le sujet dans les colonnes de Midi Libre à la veille des élections : « J'ai proposé aux associés de Betarra une gestion directe par la Ville pour leur éviter la TVA suite à leurs difficultés financières. Ils ont préféré continuer l'aventure. »

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La fiscalité : l'enjeu central de la TVA

Une grande partie des difficultés économiques des arènes de Béziers, Arles et Nîmes provient du taux de TVA de 20 % appliqué à leur billetterie. À l'inverse, les autres organisateurs en sont exonérés en vertu de l'article 256 B du Code général des impôts : les associations ne sont pas assujetties sur leurs six premiers spectacles et les régies bénéficient d'une exonération sans limite. Autrement dit, seules ces trois arènes privées paient la TVA.

Toutefois, cette exonération reste fragile. Elle repose sur des réponses ministérielles formulées par Michel Charasse et Martin Malvy (alors ministres du Budget en 1991 et 1992), reprises par Alain Juppé en 1996, alors Premier ministre, pour harmoniser l'application de l'article 256 B. Ce bouclier fiscal est contesté par les associations anti-corrida, qui rappellent qu'il s'agit d'une simple doctrine administrative. Elles s'appuient sur une directive européenne stipulant que toute collectivité publique doit s'acquitter de la TVA pour une activité économique engendrant des distorsions de concurrence avec le secteur privé.

Face à cela, l'impresario Simon Casas, lui-même visé par une procédure sur ce sujet, proposait une autre voie dans Midi Libre : « La France est le pays de l'égalité. La situation de la TVA est une injustice fiscale qu'il faudra analyser avec les élus. La TVA sur le spectacle vivant est de 5,5 %. Si toutes les arènes appliquaient ce taux, l'État enregistrerait de meilleures recettes fiscales et nous aurions une véritable équité, sans pénaliser fortement ceux qui en sont aujourd'hui exonérés, puisqu'ils pourraient en récupérer une grande partie. » Une position qui n'a trouvé aucun écho auprès de la grande majorité des arènes actuellement exonérées et de l'Union des Villes Taurines Françaises.

Impact économique et prix des places

En théorie, le passage en régie et la suppression de la TVA devraient permettre de réduire le prix des billets de 20 %, rendant le spectacle plus accessible. En pratique, cette économie ne profite pas nécessairement aux spectateurs. Les tarifs pratiqués par les arènes en régie ne sont pas particulièrement inférieurs à ceux du secteur privé. Les fourchettes de prix des arènes en régie comme Dax (23 € à 113 €), Bayonne (26 € à 111 €) et Mont-de-Marsan (22 € à 106 €) sont très proches des arènes privées comme Nîmes (18 € à 117 €), Béziers (24 € à 112 €) ou Arles (25 € à 111 €).

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L'exonération de TVA sert donc principalement à éponger les coûts de fonctionnement plutôt qu'à faire baisser la facture de l'aficionado. Ce constat s'explique aussi par la taille des arènes : la capacité des arènes du Sud-Est tourne autour de 13 000 places, contre 8 000 au maximum dans le Sud-Ouest. De plus, les producteurs privés gérant plusieurs plazas bénéficient, pour certains, de l'effet d'une « centrale d'achat », leur permettant de mieux négocier les tarifs auprès des éleveurs et des toreros.

Qualité des cartels et identité taurine

C'est l'argument phare en faveur de la régie : rendre le pouvoir aux aficionados et aux clubs taurins dans la confection des cartels. Qu'une commission taurine négocie directement, ou qu'elle s'appuie sur un professionnel prestataire de services, les aficionados se retrouvent en position de force pour imposer leurs choix de toros et de toreros. Cependant, cela suppose que ces commissions possèdent la vision et le recul nécessaires pour construire une programmation capable de rayonner bien au-delà du cercle des purs passionnés. Des « corridas d'aficionados » dépassent rarement les 5 000 spectateurs dans la région, ce qui est très insuffisant pour remplir les 13 000 places de Béziers.

Il faut aussi noter qu'en gestion privée (DSP), une mairie peut déjà peser sur la programmation via la rédaction du cahier des charges. Mais le milieu taurin actuel se caractérise par un mélange des genres : un impresario est souvent aussi apoderado (agent de torero) ou éleveur, et la composition des cartels reste largement influencée par le jeu d'intérêts d'une poignée d'acteurs majeurs.

Risques politiques et financiers

C'est le danger principal d'une gestion en régie. À Béziers, Robert Ménard n'envisage la régie que comme un dernier recours, refusant « d'abandonner la tauromachie, tout comme le rugby ». Cependant, la tauromachie peine à trouver un modèle de répartition équitable des richesses, les gains étant majoritairement captés par une poignée de figuras. Dans ce contexte, est-il envisageable que le contribuable comble les pertes financières d'une éventuelle feria déficitaire ?

Dans un climat politique déjà très clivant autour de la corrida, faire porter le risque financier sur les finances locales pourrait fragiliser la tauromachie. Chaque élection municipale risquerait de se transformer en référendum sur le maintien des corridas en cas de bilan comptable négatif. Ce risque politique dépasse largement le simple débat d'expertise entre gestion publique et gestionnaires privés, car ces derniers demeurent seuls responsables de leurs bénéfices comme de leurs pertes.