Eau au Moyen-Orient : une arme technopolitique
Eau au Moyen-Orient : une arme technopolitique

La région Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena) est désormais le théâtre du plus sévère stress hydrique de la planète, avec une disponibilité annuelle moyenne d'eau par personne de seulement 480 m³ en 2023, soit moins de 10 % de la moyenne mondiale, selon la Banque mondiale. Ce constat, présenté dans une tribune de la chercheuse Yasmina Asrarguis, souligne que 83 % de la population régionale est exposée à un stress hydrique extrême, un chiffre qui pourrait atteindre 100 % en 2050. À quelques mois de la conférence des Nations unies sur l'eau, prévue à Abou Dhabi du 2 au 4 décembre 2026, cet enjeu a cessé d'être une simple question climatique pour devenir un fait de souveraineté et de sécurité nationale.

Le Maroc face à la sécheresse et au rationnement

Le Maroc traverse sa septième année consécutive de sécheresse, avec des barrages qui affichent des taux de remplissage critiques. En février 2024, le taux était tombé à 23 %, avant de remonter à 75,86 % en 2026. Au 15 avril 2026, il atteignait 75,55 %, contre 39,44 % un an plus tôt. Dans le bassin du Bouregreg, certains barrages sont sous les 10 % de remplissage. Rabat a déjà rationné l'eau potable dans plusieurs villes moyennes et interdit l'irrigation de cultures gourmandes comme la pastèque dans certaines provinces.

Le royaume, autrefois surnommé le « château d'eau de l'Afrique du Nord », mise désormais sur le dessalement à grande échelle. La station de Casablanca, le plus grand projet d'Afrique alimenté aux énergies renouvelables, doit produire 300 millions de m³ par an. Douze chantiers de grands barrages sont en cours, représentant 4,55 milliards de m³ de capacité supplémentaire, et deux nouveaux projets sont programmés pour 2026.

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Les Émirats : une vulnérabilité transformée en vitrine technologique

Les Émirats arabes unis, bien que riches en pétrole et en gaz, sont presque totalement dépourvus d'eau douce naturelle. Plus de 80 % de leur eau potable provient du dessalement d'une mer de plus en plus salée et polluée. Le pays pompe ses nappes fossiles à un rythme qui pourrait épuiser certaines réserves en quelques décennies. Mais Abou Dhabi mobilise son capital souverain pour transformer cette vulnérabilité en opportunité : usines de dessalement par osmose inverse couplées au solaire, recharges artificielles de nappes, et IA appliquée à la gestion hydrique.

La récente guerre avec l'Iran a ajouté une dimension inattendue. Entre février et mars 2026, des représailles iraniennes par drones et missiles ont touché trois centres de données d'Amazon Web Services aux Émirats et à Bahreïn, perturbant brièvement les plateformes bancaires régionales. Cet épisode a contraint les géants du numérique à traiter leurs data centers comme des actifs stratégiques, sécurisant non seulement leur périmètre mais aussi leur chaîne d'approvisionnement en eau, jusqu'à des capacités de dessalement de secours. Le campus d'IA « Stargate », coûtant plusieurs milliards de dollars, prévoit d'enterrer son réseau de centres de données.

La souveraineté technologique, clé de la survie hydrique

Face à cette crise, le Maroc et les Émirats partagent une même obsession : ne plus dépendre de technologies étrangères. Ils cherchent à rapatrier la propriété intellectuelle et l'ingénierie, à former leurs propres ingénieurs, à nationaliser des brevets de membranes de dessalement, et à adosser les stations à des sources d'énergie solaire locales. « La ruée mondiale vers l'intelligence artificielle a fait des data centers des dévoreurs d'eau industriels », souligne Yasmina Asrarguis, chercheuse associée à la Fondation Jean-Jaurès et à l'université de Princeton.

Cette souveraineté qui se construit plutôt qu'elle ne s'achète sera le véritable défi du sommet de décembre à Abou Dhabi. Les pays arabes ne cherchent plus seulement à acheter de l'eau ou des usines, ils veulent posséder la chaîne de valeur technologique qui la produit. Reste à savoir si un sommet onusien peut faire office de diplomatie dans une région qui peine à sortir de la guerre.

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