Canicules : un impact sous-estimé sur la santé mentale et cognitive
Canicules : un impact sous-estimé sur la santé mentale

Pour 68 % des Français, le sommeil a été nettement dégradé durant la canicule d'août 2025, contre 45 % en temps normal, selon un rapport de l'Human Adaptation Institute (HAI) publié en avril. Les impacts cognitifs commencent dès 24 °C de moyenne sur 24 heures – jour et nuit – et, à partir de 32 °C, l'inconfort augmente drastiquement. Ces éléments sont à prendre en compte alors que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, intenses et durables en raison du changement climatique d'origine humaine.

Le cerveau, organe le plus sensible à la chaleur

Christian Clot, explorateur, chercheur et cofondateur du HAI, explique que le cerveau est de très loin l'organe le plus sensible. Contrairement au reste du corps, il ne peut pas transpirer. Il est condamné à se rafraîchir par le liquide céphalo-rachidien, ce qui limite sa capacité de refroidissement. Le cerveau doit lutter pour se maintenir à une température de 36,5-37 °C maximum.

Pour se protéger, il va réduire son activité : mémoire à court terme, manipulation d'objets, capacité à faire société, envie d'être avec les autres. Cela peut aller jusqu'à un blocage cognitif dramatique s'il dure trop longtemps.

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Un cocktail délétère pour la santé mentale

Les canicules à répétition agissent sur le stress, réactivant la solastalgie, les dépressions climatiques, ou provoquant une forme d'abandon et d'apathie. La chaleur s'ajoute à une fatigue mentale préexistante due à la saturation d'informations, de traitements de données et de publicités. Selon Clot, « l'accumulation des jours de chaleur, qui s'ajoute à la fatigue mentale et au manque de sommeil, génère un cocktail extrêmement délétère pour les fonctions cognitives ».

Sortir d'une vague de chaleur équivaut à avoir couru un marathon : un temps de repos est nécessaire. Les personnes en bonne santé absorbent bien ce choc, mais pour les personnes fragiles, des répétitions trop fréquentes dans l'année deviennent un vrai problème.

Augmentation des accidents et des violences

Le rapport cite des études montrant une baisse d'élocution, une augmentation des accidents et un comportement plus dangereux envers autrui lors des vagues de chaleur. La santé mentale dégradée expose la personne à des risques, mais aussi la société : plus de maladresse, moins de concentration, plus d'erreurs en entreprise. L'appétence sociale diminue, ce qui explique une hausse des violences conjugales et des agressions. Les chiffres ne sont pas encore consolidés, mais la tendance est nette.

Expérience d'acclimatation dans le désert d'Arabie

En 2023, dans le cadre du projet Deep Climate, l'équipe de Clot a mené une expérience d'acclimatation à la chaleur dans le désert du Rub Al-Khali (45 °C, 20 % d'humidité). Les résultats montrent une dégradation significative de la capacité sociale. « Les différents actes sociaux demandent beaucoup d'énergie au cerveau », explique Clot. « Dans une condition de chaleur importante, le cerveau va couper cette fonction. »

Le groupe de 20 personnes s'est progressivement séparé : d'abord en deux, puis en quatre, puis en huit unités. Ces petites unités n'étaient pas hostiles, mais n'avaient pas envie d'être avec les autres. « Il y a une sorte de rejet de l'autre », conclut le chercheur.

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