Canicule : un expert du Giec alerte sur le futur climatique de la France
Canicule : un expert du Giec alerte sur le futur climatique

Le pic de chaleur inédit de juin 2026 le rappelle : le changement climatique s'accélère et les canicules s'intensifient. Le Giec prévoit que la France pourrait gagner 4°C d'ici la fin du siècle. Pour Yves Tramblay, hydrologue directeur de recherches à l'IRD de Montpellier et expert du sixième rapport du Giec, l'adaptation reste trop lente face à l'ampleur du réchauffement.

Un réchauffement attendu mais amplifié

Yves Tramblay est l'un des scientifiques signataires du sixième rapport du Giec, publié en mars 2023, qui atteste d'une aggravation et d'une multiplication des risques climatiques. L'épisode caniculaire actuel n'est pas une surprise pour les scientifiques, qui alertent depuis des dizaines d'années. « Cela fait plus de trente ans, depuis le premier rapport publié en 1990, que le Giec alerte, ce qui se passe aujourd'hui était prévu, mais il y a des variantes dans l'intensité des phénomènes », explique-t-il. « Dans quelques années, on va dépasser les 50°C, et ce que nous vivons là augure de ce qui va se passer. »

Il compare l'épisode actuel à celui de 2003, qui avait causé 15 000 morts en France. « On est aujourd'hui sur un phénomène dont l'ampleur va dépasser ce qui s'est passé en 2003, après un épisode également inédit en mai », ajoute-t-il.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une adaptation insuffisante

Malgré les progrès depuis 2003, Tramblay estime que les mesures d'adaptation restent insuffisantes. « Il y a un gros besoin de normes dans l'habitat, de végétalisation, d'enlever du béton… mais on ne peut pas dire qu'on aille à la vitesse nécessaire pour s'adapter à la situation. » Il suggère de s'inspirer des bonnes pratiques d'autres régions, comme l'Asie, en matière d'aménagement et de construction.

Il critique les renoncements politiques, comme la fermeture de dispositifs tels que MaPrimeRenov'. « C'est absurde de mettre de la clim dans des passoires thermiques. On bricole dans beaucoup de domaines, y compris sur la question de la ressource en eau. » Il souligne néanmoins l'importance des initiatives locales et de son rôle de scientifique pour fournir des informations à l'échelle locale, par exemple en accompagnant la Métropole de Montpellier sur la gestion de l'eau.

Un décalage entre décisions nationales et réalités locales

Tramblay pointe un décalage entre les décisions prises au niveau national et les situations locales. « Vouloir adapter des décisions prises à Paris n'a aucun sens, c'est le cas des mégabassines par exemple. » Il déplore une gestion de l'urgence sans projection à long terme, utilisant la métaphore de la grenouille dans une casserole d'eau qui chauffe lentement.

Il rappelle qu'en février, au cœur des pluies exceptionnelles de l'hiver, il avait déjà prévenu que cela n'empêcherait pas la sécheresse.

Le choix du thermostat

Interrogé sur l'impact des dirigeants climatosceptiques comme Donald Trump, Tramblay relativise : « La Chine, par exemple, qui était jusqu'ici un des principaux pays pollueurs, investit désormais massivement dans les énergies renouvelables. » Il distingue deux problèmes : l'émission de CO2 et l'adaptation. « C'est nous qui choisissons le thermostat : les sécheresses seront d'autant plus fortes qu'on n'aura rien fait pour faire baisser les émissions de CO2. »

Il note que la France a pris 1,5°C en trente ans, avec des impacts déjà visibles. La Trajectoire de référence pour l'adaptation au changement climatique (TRACC) table sur +4°C à la fin du siècle. « Un collègue a rappelé il y a quelques jours que ce que nous vivons aujourd'hui sera considéré comme l'hypothèse basse des températures à venir. »

Conséquences pour la Méditerranée

Bien que le pourtour méditerranéen soit protégé de l'épisode caniculaire actuel en raison de la circulation des masses atmosphériques, les températures y restent très élevées, autour de 40°C. « Dans quelques années, notre climat sera l'équivalent de celui que connaît aujourd'hui le sud de l'Espagne ou le Maroc. Cela implique un bouleversement pour notre agriculture, on ne pourra plus cultiver la même chose, et cela aura un impact sur le tourisme. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Un message ni optimiste ni pessimiste

Tramblay réfute l'idée que les experts du Giec livrent des messages optimistes pour ne pas affoler la population. « Ni optimistes, ni pessimistes, on n'a pas de parti pris, tous les scénarios sont sur la table, y compris ceux du pire. Le message est double : analyser ce qui se passe, et rappeler qu'il y a des solutions. La France est un pays riche, on peut agir. »

Le prochain rapport du Giec sera publié en 2029, et en 2028, un rapport spécifique à la Méditerranée (MedECC) est prévu.