Canicule : stress hydrique précoce pour les plantes malgré les pluies hivernales
Canicule : stress hydrique précoce malgré les pluies

Canicule : stress hydrique précoce pour les plantes malgré les pluies hivernales

Alors qu'une canicule précoce s'installe, les cultures souffrent déjà d'un stress hydrique important. Pierre Collin, ancien climatologue et agriculteur à Pomerols dans l'Hérault, référent climat pour la chambre d'agriculture d'Occitanie, analyse la situation.

Un réchauffement de 1,8°C en région

Dans notre région, la température a augmenté de 1,8°C. Les précipitations n'ont pas significativement évolué depuis 1959, mais les cultures souffrent. Le stress hydrique est lié à l'évapotranspiration : la plante transpire beaucoup sans pouvoir capter l'eau au bon moment, entraînant des pertes de rendement depuis 2003.

Des récoltes menacées par le coup de chaud

Les pluies hivernales abondantes ont accéléré les stades phénologiques de la vigne, mais la chaleur précoce la freine désormais. La vigne se met en mode « stand-by ». En climat normal, 90 jours après floraison suffisent pour récolter. Avec des cépages précoces, on pourrait récolter début août. En 60 ans, la précocité a gagné 11 jours en moyenne. Si la sécheresse persiste, la plante puisera l'eau dans les grains de raisin pour survivre, compromettant le rendement. Même les fruits et autres productions végétales subissent un stress hydrique, avec des risques d'échaudage. Pierre Collin regrette que les réserves d'eau n'aient pas été constituées : « Si on avait retenu ne serait-ce que 5 % des pluies hivernales, on aurait pu irriguer au bon moment. »

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Des solutions pour la résilience

L'agriculteur peut adapter ses pratiques : augmenter l'épaisseur de végétation, baisser la température du feuillage. Mais l'eau reste capitale. La chambre d'agriculture de l'Hérault suit de près les besoins d'irrigation. La grenade, cultivée par Pierre Collin, est une alternative intéressante. Le grenadier supporte les excès de chaleur, mais nécessite aussi de l'eau. La diversification est clé : « Avant, on mettait de la vigne partout, mais on admet qu'elle est plus pertinente dans certains endroits. »

Retard dans l'adaptation

Le changement climatique est subi depuis 2003 seulement. Des pays comme le Maroc ou le Sénégal, confrontés plus tôt, ont développé des techniques d'hydrologie régénérative transposables. L'adaptation passe aussi par les méthodes culturales et la génétique. Dans 40 ou 50 ans, les cultures n'auront pas toutes migré au nord : « C'est une vision trop simpliste. L'adaptation va de la conduite culturale à la génétique, en choisissant les bonnes variétés pour chaque sol et climat. »

La recherche en action

L'Observatoire régional du changement climatique (ORACLE), présidé par Pierre Collin, réunit météorologues et chercheurs. Le programme Corae, lancé en octobre 2025 avec l'Inrae, vise à accélérer la recherche sur l'utilisation efficace de l'eau et le captage après les pluies. « La science ne ment pas, il faut lui faire confiance et travailler avec la société civile et les médias. »

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